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La Ferme Urbaine de Pierre-Bénite Retour vers le Futur

ICI, C'ÉTAIT UNE FRICHE...

Le site dispose dorénavant de 8200m² d'espaces publics (parking végétalisés, circulations piétons et cycles, parvis, jeux de boules et espaces plantés) et 11 600m² de ferme urbaine (terre cultivable, serres, bâtiment agricole, espaces paysagers, chemins et cours).

Mêlant aménagements paysagers et travaux agricoles dans un milieu urbain complexe, ce chantier fait partie de ceux qui donnent tout son sens au métier de jardinier paysagiste. Dans cet article, nous nous pencherons plus particulièrement sur le travail agricole que nous avons effectué sur la ferme, et notamment sur le travail du sol, de la terre.

De quel type de sol parlons-nous ?

Le sol était alors principalement constitué de remblais sablo-limoneux jusqu'à 0,5/1,3m environ, et jusqu'à 3m au droit de l'ancien immeuble. Ensuite, une couche limoneuse se trouvait jusqu'à 1,5m. Enfin, des sables et des galets jusqu'à 3m.

Différents horizons de sols...

Les analyses de sol ont montré une perméabilité et un drainage en surface satisfaisants sur l'ensemble. Cependant, la fertilité du sol était médiocre : notamment un rapport C/N élevé (risque de non dégradation de la matière organique), et un sol trop alcalin (risque de blocage d’absorption des éléments nutritifs).

Fin 2019, 18 prélèvements de sol ont été analysés en laboratoire. Résultat : présence de quelques remblais, mais sans problématique de pollution. Le travail de conversion des sols pour une agriculture biologique pouvait dès lors commencer.

Faire pousser des légumes sur une ancienne friche…

C'est possible. Mais cela demande un travail du sol rigoureux. Dans le cas de la Ferme Urbaine de Pierre-Bénite, nous avons effectué ce travail en plusieurs étapes.

Première étape (automne 2020)

Passage tout d'abord d'un sous-soleuse : 3 grandes dents qui descendent à 90cm pour décompacter le sol. Le but est de retourner le sol pour l'oxygéner, et ainsi activer la vie biologique qu’il contient. Un épierrage manuel a ensuite été effectué afin d'enlever les plus gros éléments caillouteux.

Après avoir ramené du compost de notre fabrication, nous avons passé une herse rotative, préparant ainsi le lit de semence en brisant les mottes et en mélangeant le compost avec le sol en place sur une épaisseur de 15cm.

Enfin, nous avons effectué un semis d'engrais vert composé d'un mélange de légumineuses, graminées et crucifères : vesce, seigle, avoine, trèfle et radis fourrager. Ce couvert végétal a plusieurs objectifs :

  • Couvrir le sol et stimuler l'activité biologique (notamment avec le radis fourrager)
  • Évaluer le sol en condition de culture (avec l'observation du développement plus ou moins rapide des différentes espèces)
  • Fixer l'azote dans le sol grâce à l'action symbiotique des légumineuses

Deuxième étape (printemps 2021)

Au retour des beaux jours, nous avons fauché l'engrais vert précédemment semé puis nous l'avons laissé sécher au sol.

Quelques jours plus tard, nous avons passé une roto-bêche sur l'ensemble de la surface afin d'enfouir le broyat de l'engrais vert fauché. Afin de bien niveler la surface, nous avons de nouveau passé une herse rotative.

Puis, nous avons épandu de la litière forestière fermentée. Technique apparue en Asie dans les années 1980, ce procédé consiste à utiliser le microbiote des forêts naturelles pour rétablir la fertilité des sols. De petites quantités de litière sont prélevées en forêt (des Monts du Lyonnais) et servent de ferments pour formuler des biostimulants riches en micro-organismes (bactéries, levures, mais aussi champignons sous forme de spores). Ces derniers peuvent accélérer la germination, le développement des racines, favoriser la résistance aux stress, fixer l'azote de l'air dans le sol, solubiliser certains éléments tels que le potassium ou le phosphore, ou encore apporter des acides aminés et des vitamines favorables à la croissance des plantes.

En juin, et suite aux observations sur le précédent semis, nous avons semé un nouvel engrais vert composé de sorgho, sarrasin, tournesol et trèfle.

Troisième étape (été 2021)

Suite à une nouvelle incorporation de l'engrais vert, nous avons passé une épierreuse permettant d'enfouir les pierres profondément dans le sol afin que ce dernier soit plus simple à travailler manuellement.

Nous avons alors effectué un troisième semis d'engrais vert, similaire au précédent, composé de sarrasin, sorgho, trèfle et vesce. Effectuer une rotation des familles et des espèces des engrais vert semés permet d'assurer une complémentarité entre leurs effets, notamment ceux des racines sur la structure du sol.

Tous nos semis ont été plombés au rouleau. Derrière le semis, le rouleau va assurer le bon contact entre la terre et les semences pour favoriser l'imbibition des graines et donc la germination. Il va également resserrer les pores du sol pour favoriser les remontées capillaires.

Tout ce travail nous fait écho à l'imperméabilisation des sols, aux pollutions qu'ils subissent... au "droit des sols" en général qui n'est pas reconnu dans le code de l'environnement comme l'eau et l'air. Redonner vie au sol, cette ressource non renouvelable et support de la vie sur Terre, n'est pas une mince affaire. Aussi nous nous devons de le préserver et de le respecter.

Inauguration de la Ferme Urbaine

Tout était prêt pour l'inauguration de la Ferme Urbaine le 2 octobre par Jérôme Moroge, maire de Pierre-Bénite... Le Jardin de Maguy était né, nommé ainsi en hommage à Marguerite Lenoble, l'adjointe au maire qui était le pivot de ce projet.

En juillet 2021, les petits élèves pierre-bénitains se régalaient de la première récolte de radis de la ferme !

Retour vers le futur

"Ce projet novateur, qui associe écologie et tradition, a pour objectif d'alimenter avec des produits locaux les cantines scolaires et le foyer, tout en proposant des voies nouvelles d'insertion." - Jérôme Moroge

Les vertus écologiques de ce projet sont évidentes : circuits courts, culture biologique, éducation à l’agriculture et à l’environnement, désimperméabilisation des sols... Mais qu'en est-il de la 'tradition' ?

Laissez-nous vous éclairer...

Dans la région lyonnaise, le melon demeure une culture de luxe. En effet, l'atmosphère est humide et la température modérée. Le climat convient parfaitement à la culture des légumes feuilles comme les poireaux, choux ou les épinards, mais rend difficile celle des melons, tomates, aubergines et artichauts.

Néanmoins, en 1819, M. Madirot, de la Société Royale d'Agriculture, recense pas moins de 24 espèces différentes de melons cultivés dans les environs de Lyon. A Irigny et Pierre-Bénite, les maraîchers utilisent la serre châssis afin de profiter au maximum de leur exposition favorable.

En 1940, pas moins de 12 hectares à Pierre-Bénite sont consacrés à la culture de ce fruit délicat.

Le Rhône a permis des cultures prospères. Jusque dans les années 1950, le melon fut ainsi, avec la salade, l’un des joyaux produits dans les serres de Pierre-Bénite, alors paradis des maraîchers. Peu à peu, les camions ont remplacé les bateaux dans les échanges commerciaux. Puis, l’essor des industries, des infrastructures et des immeubles ont fini par naturellement « grignoter » tout ce passé…

Aujourd'hui, c'est grâce à l'esprit novateur de la Mairie de Pierre-Bénite et à ce travail du sol effectué par nos équipes que nous nous reconnectons avec ce passé, sous une forme moderne et innovante.

Entre tradition maraîchère historique et travail moderne de restauration des sols… à bord de son tracteur, Antoine, 2nd d’équipe chez Green Style, est un véritable acteur d’un vertueux Retour vers le futur.

Created By
Gary RADIX
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Credits:

Gary Radix