La Maison où je suis mort autrefois Analyse d'un roman de Keigo Higashino dans le cadre du thème "Maison et espace"

Un projet de lecture

La Maison où je suis mort autrefois de Keigo Higashino se présente comme un roman policier psychologique où un homme et une femme tentent de dénouer les mystères d'une maison intimement liée à l'histoire de cette dernière.

La lecture du roman accompagnera le début du travail autour du thème. Et elle sera ponctuée par un travail écrit, en classe, autour de questionnaires permettant de mettre en œuvre les différentes compétences évaluées en Humanités.

Keigo Higashino

Keigo Higashino est un romancier japonais contemporain, né en 1958. Ingénieur de formation, il se lance rapidement dans l'écriture de romans policiers en parallèle de son métier. Il se consacre exclusivement à l'écriture lorsqu'il remporte un prix en 1985 pour son roman Après l'école. Il a alors 27 ans.

Il continue à publier de nombreux ouvrages (plus de soixante romans, des recueils de nouvelles, le scénario d'un manga...), plusieurs de ses œuvres sont adaptées au Japon au cinéma ou à la télévision, et il remporte d'autres prix littéraires. Tout cela fait de lui une des références du roman japonais aujourd'hui.

Ses œuvres sont publiées en France depuis une douzaine d'années chez Actes Sud, dans les collections "Actes Noirs" et "Babel Noir". On peut par exemple évoquer une trilogie mettant en scène un duo formé par un policier et un physicien :

  • Le Dévouement du suspect X (2005, traduction 2011)
  • Un café maison (2009, traduction 2012)
  • L’Équation de plein été (2011, traduction 2014)

La Maison où je suis mort autrefois

Ce roman de 1994, traduit en français en 2010 par Yutaka Makino, raconte le voyage d'un homme et d'une femme vers une mystérieuse maison perdue dans les montagnes dans la région de Nagano.

Les deux personnages seront nommés de la façon suivante : le narrateur d'une part, qui assure l'ensemble du récit, et Sayaka d'autre part, protagoniste à l'origine de la demande du voyage. Les autres personnages seront nommés au fur et à mesure de la lecture.

L'ouvrage est disponible en édition de poche chez Actes Sud, collection "Babel Noir". Dans cette édition le roman est structuré en un prologue, quatre grands chapitres et un épilogue :

  • Prologue: pages 7 à 9
  • Chapitre 1 : pages 11 à 81
  • Chapitre 2 : pages 83 à 126
  • Chapitre 3 : pages 127 à 190
  • Chapitre 4 : pages 191 à 250
  • Épilogue : pages 251 à 254

Prologue et chapitre 1

Sujets

Éléments d'intrigue

  • Le narrateur a une relation compliquée avec ses parents. Cela sera expliqué plus tard et fera finalement sens lors de l'épilogue. L'effet enchâssant du prologue et de l'épilogue invite à trouver des échos entre les histoires du narrateur d'une part et de Sayaka d'autre part.
  • Sayaka est une jeune femme, mariée, mère d'une petite fille. Elle a perdu son père un an auparavant et vient de trouver, dans les affaires de ce dernier, une clé et un plan pour se rendre dans une maison qu'elle ne connait pas. Son père disait partir à la pêche mais Sayaka comprend qu'il devait certainement en fait se rendre dans cet endroit mystérieux.
  • Sayaka est également caractérisée par une perte de mémoire durant l'enfance: elle ne se souvient de rien avant ses 5 ans. Elle a soudain l'intuition que cette maison pourrait lui fournir des informations sur ces souvenirs disparus.
  • Sayaka et le narrateur ont été en couple lorsqu'ils étaient plus jeunes. Ils se sont récemment revus lors d'une réunion d'anciens élèves. Elle l'appelle pour lui demander de l'accompagner pour découvrir cette maison, son mari étant en voyage d'affaires.
  • La maison se situe dans la province de Nagano, dans une région montagneuse, proche d'un lac.
  • En explorant la maison, les protagonistes mettent la main sur un carnet, caché, celui d'un petit garçon qui vécut dans cette demeure. Il y a également un coffre-fort, qui ne sera lui ouvert que dans le dernier chapitre du roman.

Enjeux autour du thème

  • Une architecture particulière à plusieurs titres. La maison, de style occidental, ne peut être ouverte par la porte de devant, scellée. On n'y accède qu'en passant par derrière, par des marches qui descendent vers le sous-sol. C'est là que se trouve la porte qu'ouvre la clé de Sayaka. De là, on remonte vers l'intérieur de la maison depuis cette sorte de cave où il n'y a pourtant ni interrupteur ni éclairage.
  • Un cadre géographique isolé. Outre la région reculée, l'accès à la maison est difficile. Elle semble comme cachée, en marge du monde.
  • Un lieu figé dans le temps. De nombreux éléments renvoient la maison à un passé d'environ une vingtaine d'années: des cigarettes d'une marque qui n'existe plus, des revues et publications anciennes, des billets de banque également datés, etc.
  • Un mystère immédiat. L'ensemble des horloges de la maison indique la même heure, 11h10, ce qui est statistiquement impossible. Quelqu'un les a donc délibérément arrêtées sur cette heure, signifiante pour le lieu. C'est l'amorce de l'enquête pour les personnages, un premier élément qui évoque le destin de cette maison.
  • Maison et souvenirs. Dans l'idée de réactiver sa mémoire, Sayaka a apporté avec elle des albums photos afin de confronter des photos de son enfance au cadre de la maison, de déterminer s'il était possible de découvrir des correspondances, ou encore de faire remonter des souvenirs enfouis.

Ouverture

  • Ce début de roman donne-t-il envie de lire la suite ?
  • Quels éléments bizarres peut-on observer concernant les personnages ? Quelles questions se pose-t-on à leur sujet ?

Le prologue peut être lu et étudié directement avec les étudiants. Il pourrait constituer le document littéraire d'un corpus de synthèse de documents.

" J'ai visité cette maison blanche avec une femme. Dans le but d'y trouver quelque chose. Mais ni elle ni moi ne savions ce que nous cherchions. Seul le vague espoir de trouver une réponse à nos questions nous avait poussés à y aller. " (p. 9)

Chapitre 2

Sujets

Éléments d'intrigue

Dans ce chapitre, l'intrigue avance sur deux plans en parallèle: d'une part la découverte du journal de Yusuke, le petit garçon ayant vécu dans la maison il y a 23 ans, et d'autre part les confidences de Sayaka concernant sa vie personnelle

Histoire de Yusuke

  • Il y a 23 ans, la famille Mikuriya vivait dans cette maison.
  • Elle était composé d'un petit garçon, Yusuke, en élémentaire, vivant avec son père et sa mère.
  • Yusuke entretient de bonnes relations avec son enseignant.
  • Une dame, Mme Otai, semble venir souvent à la maison
  • Un autre personnage, que Yusuke appelle "l'autre", fait peu à peu son apparition au sein du foyer. On continuera à l'appeler l'autre sans guillemets pour respecter la dénomination du personnage au sein du roman.
  • Son installation dans la maison suit la mort de M. Mikuriya. En effet, ce dernier a vécu une longue maladie et décède après un séjour à l'hôpital.
  • L'atmosphère change du tout au tout après l'installation de l'autre dans la maison, même s'il arrive avec Chani, semble-t-il une chatte avec laquelle joue Yusuke.
  • L'autre se montre violent envers Yusuke, le frappe, sans que la mère ne trouve le moyen de s'opposer à lui.
  • Le chapitre s'achève sur une révélation: la fille de Mme Otai se prénomme Sayaka.

Histoire de Sayaka

  • Sayaka a une petite fille qui se nomme Miharu.
  • Son mari est à l'étranger pour le travail et pour une longue période.
  • Sa fille réside pour le moment chez les beaux-parents de Sayaka.
  • En effet, Sayaka est jugée inapte à s'occuper de sa fille : elle se montre violente avec elle, et la bat, ce qui a été remarqué par les structures de garde de Miharu.
  • Sayaka a repris contact avec le narrateur car il a précisément publié un article sur les mères violentes.

Enjeux autour du thème

  • La violence domestique. Ce thème apparaît doublement dans ce chapitre, à la fois du point de l'enfant lorsque Yusuke rapporte les violences dont il fait l'objet de la part de l'autre, et du point de vue de l'adulte avec le témoignage de Sayaka qui explique qu'elle n'aime pas sa fille et que son irritation, grandissante, la mène inéluctablement à la violence lorsqu'elle s'occupe d'elle.
  • Les équipements dans une maison. Les personnages s'interrogent sur les équipements de cette maison. Il semble y manquer certains biens attendus, même pour l'époque à laquelle ils associent la demeure (télévision, électroménager, téléphone...). Ils se demandent si les occupants ont emporté avec eux certaines choses lors de leur hypothétique départ. Outre l'électroménager, il manque aussi un calendrier, élément habituel des intérieurs. À l'inverse, il y a dans le frigo des aliments relativement récents, datés d'il y a deux ans, mais qui ne correspondent pas aux goûts du père de Sayaka qui venait pourtant régulièrement s'occuper de la maison comme les protagonistes en ont eu la confirmation.
  • Dimension sacrée de la maison. La présence d'une croix taillée en bois au-dessus de la porte du sous-sol interroge et inquiète le narrateur qui se demande ce qu'un tel objet peut bien faire à pareil endroit. Il apporte une dimension religieuse, sacrée, à la maison.

Ouverture

  • Qui peut bien être l'autre ? Point d'étape sur la définition de ce personnage.
  • De quoi a-t-on besoin en termes d'équipement pour vivre dans une maison ?
  • La question des violences domestiques.
  • Tenir un journal intime aujourd'hui ?
" En rentrant de l'école, l'autre lisait le journal sur le sofa. Je suis allé dans la cuisine sans faire attention à lui, et il s'est brusquement mis en colère. Il prétend que je l'ai regardé avec un air de mépris. Je lui ai dit que ce n'était pas vrai, mais il m'a frappé au niveau du ventre. J'ai été sauvé parce que le téléphone a sonné, mais sinon il aurait continué encore et encore à me frapper. Maman ne vient plus du tout à mon secours ces derniers temps. " (p. 124)

Chapitre 3

Sujets

Éléments d'intrigue

Le chapitre 3 continue d'explorer le passé de la maison avec la fin de la lecture du journal de Yusuke et avec surtout la découverte d'autres documents, notamment une série de lettres de M. Mikuriya. Parallèlement à cela, on en apprend plus sur le narrateur et sur sa propre relation à ses parents.

Histoire de la maison

  • Face à la violence de l'autre et à une existence qui lui paraît de plus en plus insupportable, Yusuke songe à fuguer.
  • Yusuke entend une nuit des bruits venant de la chambre de l'autre, bruits qui le "dégoûtent". Le narrateur et Sayaka interprètent cet événement comme la confirmation que l'autre a pris la place de patriarche au sein de la famille après la mort de M. Mikuriya
  • Mais Yusuke meurt soudainement : les protagonistes découvrent une feuille sur laquelle ses camarades lui rendent hommage après son décès.
  • Sayaka découvre un paquet contenant des lettres de M. Mikuriya. On y apprend de nombreux détails sur la vie de cette famille, avant même l'enfance de Yusuke.
  • M. Mikuriya avait eu un premier fils, manifestement bon à rien, malgré l'aide que M. Mikuriya avait tenté de lui apporter.
  • Il s'agit en fait de l'autre, qui apparaît alors dans un premier temps comme un grand frère de Yusuke aux yeux du narrateur et de Sayaka.
  • Mais une incohérence au niveau des groupes sanguins de M. Mikuriya (groupe O) et de Yusuke (groupe AB) rend impossible la filiation directe de Yusuke vis-à-vis de M. Mikuriya.
  • Yusuke est en fait le fils de l'autre, le premier (et finalement unique) fils de M. Mikuriya.
  • L'autre, marié une première fois à une femme ayant une faible constitution, eut avec elle un fils, Yusuke. Mais il le confia à son père après la mort de son épouse. M. Mikuriya éleva donc Yusuke comme son fils en tenant à distance son aîné.
  • L'autre se maria une seconde fois, à une pianiste rencontrée dans un cabaret, puis divorça, avant de revenir dans la maison après la mort de M. Mikuriya.
  • Sur le plan professionnel, l'autre fut aidé par son père mais dut démissionner de son emploi d'enseignant, suite à des scandales.
  • Il contracta par ailleurs de nombreuses dettes, liées au jeu, et il apparaît caractérisé par un penchant manifeste pour l'alcool.
  • Tentant de retrouver une place de père auprès d'un Yusuke qui le méprise, l'autre verse dans la violence domestique.

Histoire du narrateur

  • Sayaka et le narrateur se sont connus en deuxième année du lycée.
  • Ils sont restés en couple plusieurs années, jusqu'au début de leurs études.
  • Cette relation a conduit le narrateur à réévaluer sa relation à ses parents et à se détacher progressivement d'eux.
  • Il révèle comment il découvrit, enfant, qu'il avait été adopté.
  • Ses parents, sans enfant, songeant alors à l'adoption, l'avaient recueilli, lui le bébé d'une cousine qui venait de divorcer.
  • Ils lui apprirent la vérité au collège, alors que sa mère naturelle tentait de revenir dans sa vie.
  • Objet d'enjeux familiaux intéressés (un fils envisagé comme soutien pour s'occuper des parents dans leurs vieux jours), le narrateur fut mis en demeure de choisir avec qui il souhaitait vivre.
  • Il choisit ses parents adoptifs mais quelque chose fut manifestement irrémédiablement brisé.

Enjeux autour du thème

  • La maison familiale. L'idée de famille se trouve bouleversée par l'arrivée de l'autre au sein du foyer familial. Et la maison paraît changer de nature à cette occasion. Cet enjeu se trouve redoublé par la maison familial du narrateur, elle aussi en question dans ce chapitre.
  • La maison refuge ou prison. La maison de Yusuke était d'abord, du temps de M. Mikuriya, un havre de paix et de offrant une solide protection face aux aléas de la vie. Tout se dégrade avec l'arrivée de l'autre puisque la maison devient le théâtre de violences auxquelles Yusuke ne parvient pas à échapper, même lorsqu'il tente de rester dans sa chambre pour éviter les interactions avec l'autre.
  • Quitter le foyer. Yusuke évoque son envie de fuguer pour quitter le foyer. Il s'agit ici d'échapper au pire. Mais le projet n'aboutit pas, Yusuke mourant avant de le mettre en œuvre.
  • Une architecture toujours mystérieuse. Sayaka a une sorte de vision, retrouve un souvenir d'enfance, manifestement inscrit dans ce lieu. Mais elle se souvient de quelque chose d'impossible: une pièce avec un vase noir et des rideaux verts, accessible depuis une porte qui n'existe pas dans la maison. Cette pièce manquante devient une pièce du puzzle que les héros doivent résoudre.

Ouverture

  • Qui est l'autre au final ? Nouveau point d'étape sur ce personnage.
  • Mise en place de l'arbre généalogique et questionnements sur ce qui dysfonctionne encore.
  • La question de l'inceste, déjà sous-jacente ?
" Pourquoi avoir construit une maison dans un endroit pareil ? La question me venait soudain à l'esprit. Une résidence secondaire, à la limite, on pouvait le concevoir. Mais pour le quotidien d'une famille, en revanche, ce n'était pas vraiment pratique" (p. 157)

Chapitre 4 (et épilogue)

À la page 237, il y a sans doute une coquille puisque le passage cité d'une lettre ne correspond pas au même passage d'abord mentionné page 152. Il faut vraisemblablement lire "de la naissance imminente d'un deuxième enfant" et non "de mon deuxième enfant", la seconde formule n'ayant pas de sens justement par rapport à la révélation qui est en train de se produire, à savoir qu'il s'agit d'un deuxième enfant de Masakazu et non de M. Mikuriya.

Sujets

Éléments d'intrigue

Ce chapitre s'avère particulièrement dense. Les révélations s'y multiplient et c'est le moment où les différents fils narratifs trouvent leur résolution. C'est aussi pourquoi le questionnaire de lecture s'avère plus long sur ce chapitre que sur les précédents.

  • Le narrateur met le doigt sur d'autres anomalies de la maison, à commencer par son orientation qui ne correspond pas à ce que l'on en comprend à la lecture du journal de Yusuke.
  • La maison se révèle factice : sans électricité, décorée par des objets poussiéreux mais neufs, comportant des revues et des livres d'occasion comme pour reconstituer le passé, située dans un emplacement géographique improbable, etc.
  • Le narrateur explore le placard qui aurait dû donner sur la pièce dont se souvient Sayaka. Tous deux y découvrent un espace caché abritant divers objets, et notamment le vase noir. Ceux-ci portent des traces de brûlure et prouvent que le souvenir de Sayaka est juste : la pièce a bien existé dans la maison originale mais a volontairement été effacée lors de sa reconstitution.
  • Sayaka parvient à ouvrir le coffre, en utilisant les chiffres à disposition dans la maison en guise de combinaison. Une lettre d'un policier ayant enquêté sur l'incendie qui a ravagé la maison y est présente, accompagnée d'un gant d'enfant bleu, avec deux doigts brûlés.
  • L'affaire a été classée comme un accident mais le policier pense qu'il s'agit du double suicide d'un père et de son fils.
  • Sayaka voit ses souvenirs lui revenir : elle était bien dans la maison originale à l'époque du drame.
  • Sayaka n'est en fait pas la fille de Mme Otai, mais Hisami, surnommée Chami par Yusuke. Il s'agit de la fille que l'autre, Masakazu Mikuriya, avait eu avec sa deuxième épouse.
  • La petite Hisami était la victime d'abus sexuels de la part de son père. C'est cela dont avait été témoin Yusuke et c'est parce qu'il ne pouvait se résoudre à abandonner Hisami qu'il n'avait pu fuguer.
  • Yusuke décide de provoquer l'incendie pour tuer son père, après avoir demandé à Hisami si elle le souhaitait. Hisami avait approuvé son projet.
  • Le jour de l'incendie, Hisami demande à Mme Mikuriya d'aller au zoo pour laisser Yusuke amorcer l'incendie, depuis la chambre de Masakazu. Mais le garçon ne parvient pas à échapper aux flammes et décède.
  • La mort de Yusuke n'est pas la seule mort "involontaire" : la petite Sayaka, fille des Kurahashi, couple d'employés de la maison, meurt également, puisqu'elle s'était cachée dans le sous-sol.
  • Deux croix avec des mentions rendent hommage aux enfants dans la maison : la croix trouvée dans la cache du placard et la croix en bois du sous-sol dont le narrateur a effacé une partie de l'inscription qui l'accompagne.
  • Mme Mikuriya décida de confier la petite Hisami aux Kurahashi, qui prétendirent qu'il s'agissait de leur fille, Sayaka. Et c'est Hisami qui fut déclarée morte dans l'incendie plutôt que Sayaka.
  • Hisami, frappée par le choc de la mort de son frère et par la culpabilité, perd la mémoire de toute la période de sa vie antérieure à l'incendie. Elle endosse ainsi l'identité de Sayaka.
  • Mme Mikuriya fait ensuite construire cette réplique de la maison sur un terrain que la famille possédait pour une potentielle maison secondaire.
  • La maison originale, située à Yokohama, détruite par les flammes, fut remplacée par un petit immeuble.
  • Après ces découvertes multiples, Sayaka demande au narrateur de quitter la maison et de la laisser seule là-bas.

Enjeux autour du thème

  • Une maison qui n'est pas à sa place. De nombreux indices pointent des anomalies dans cette maison qui trouvent enfin des explications. La maison n'est ainsi pas orientée dans la direction qu'il faudrait, comme le prouve la non coïncidence entre son orientation et les mentions du journal de Yusuke en matière d'astronomie. La peinture du port et les mentions de la mer ne correspondent pas au cadre géographique dans lequel elle s'inscrit: la maison est censée se situer ailleurs.
  • Une maison factice. La maison n'a jamais été faite pour être habitée. Il s'agit d'un simple décor, reconstitué, d'une réplique installée dans un endroit reculé. De nombreux éléments viennent confirmer cela, à commencer le fait que ni l'électricité ni l'eau n'y ont jamais été installés.
  • Le statut, ou la fonction, de cette maison.  Dès lors, puisque la maison ne devait pas servir d'habitat, c'est qu'il s'agit d'un monument, au sein étymologique du terme: un objet de mémoire. Et même davantage: pour le narrateur, il s'agit d'une tombe, d'un mausolée érigé en hommage à ceux qui y ont péri, à commencer Yusuke. Le père de Sayaka s'y rendait pour y honorer les morts, dont sa véritable fille disparue, en y apportant des aliments que les disparus appréciaient de leur vivant. On peut également évoquer la comparaison avec la pièce mystérieuse, sans fonctionnalité, du palais de Knossos, auquel le narrateur fait allusion.
  • La maison, un abri fragile. Cette fragilité revêt deux dimensions dans ce roman. La maison est un abri fragile face aux violences domestiques qui s'y exercent, d'une part. Et d'autre part la maison se révèle un bâtiment qui peut se trouver violemment ravagé par un incendie.
  • La chambre noire. La pièce de l'incendie a été effacée de la reconstitution. Elle devient une sorte de métaphore des souvenirs refoulés de Sayaka, une figuration des secrets enfouis de sa famille. Mais c'est sa pourtant cache, qui la remplace et symbolise, qui renferme une partie des objets réels de la maison originale, ceux marqués par l'incendie.

Ouvertures

Le dernier chapitre est l'occasion du bilan sur le roman. On peut donc interroger de manière plus générale l'ensemble de la lecture.

  • La lecture a-t-elle plu ou non ? Pour quelles raisons ?
  • La fin est-elle satisfaisante ?
  • Quels sont les moments marquants de la lecture ?
  • Qu'est-ce que cela apporte que le récit soit porté par ce narrateur masculin ?

L'épilogue offre des réflexions étonnantes sur l'identité et la maison. Le texte suivant permet d'y revenir si besoin pour en poser l'analyse.

" D'ailleurs, chacun n’a-t-il pas une maison où l'enfant qu'il était est mort autrefois ? On fait seulement semblant de ne pas voir qu'il s'y trouve encore parce qu'on ne tient pas à le rencontrer. "

"Les Frissons de l'angoisse" de Dario Argento

Enfin, il est possible de revenir sur ce motif de la chambre noire comme métaphore de la psyché, de la pièce scellée comme on scelle un secret, du lieu effacé comme on efface un souvenir. En effet, nous pouvons lui trouver un écho avec une œuvre cinématographique emblématique des films de genre : Les Frissons de l'angoisse (Profondo Rosso en version originale) de Dario Argento, sorti en 1975.

Ce chef-d’œuvre d'un des maîtres du giallo entretient en effet des similitudes puissantes avec notre roman. Son intrigue nous conduit à suivre l'enquête d'un musicien témoin d'un crime effroyable. Ses découvertes se trouvent jalonnées par les morts des témoins d'un drame passé sur lequel il essaie de faire la lumière. Ses pas le mènent à une mystérieuse maison abandonnée, clé de toute cette affaire. Après une première exploration infructueuse (aux alentours d'1h30 de film), mais qui lui a laissé une étrange impression, il a soudain une révélation en voyant une photo ancienne de la bâtisse et retourne, de nuit, sur les lieux afin de découvrir une pièce cachée...

La séquence qui nous intéresse là se situe entre 1h39 et 1h45 du film. Le film est hébergé dans sa version anglaise sur la plateforme Dailymotion. Vous pourrez télécharger et visionner l'extrait dans le lien ci-dessous, ou le voir directement sur Dailymotion, ou encore sur Youtube si les droits ne s'y opposent pas.

Précisons en outre que ce film s'inscrit dans une série de dialogues cinématographiques. En effet, Dario Argento a choisi, à dessein, comme acteur principal David Hemmings, qui tenait le rôle titre dans le culte Blow Up de Michelangelo Antonioni (1966). Et à l'agrandissement de la photographie de la scène du crime dans Blow Up répond l'approfondissement de l'espace mémoriel dans les Frissons de l'angoisse (le héros devra, après la découverte dans la maison, se repasser mentalement le souvenir de son intervention sur la scène du crime pour identifier le coupable).

Quelques années plus tard, le dialogue se poursuivra avec Blow Out de Brian De Palma dans lequel le témoin-enquêteur s'appuiera cette fois sur les sons, et non plus l'image, pour révéler un crime qui aurait dû rester caché.

CRÉÉ PAR
Aurélien Pigeat