View Screen Reader-Friendly Version

Rencontre avec deux femmes en Tanzanie qui redéfinissent le leadership dans leurs communautés

Le long d’une route poussiéreuse et sous un soleil de plomb, Coletha fait du porte-à-porte pour visiter des maisons autour de Nanyati, un village situé dans le sud de la Tanzanie, près de l’océan Indien.

Coletha est une mobilisatrice communautaire qui travaille à promouvoir des attitudes positives envers les femmes et le leadership.

Pour de nombreuses femmes, le chemin vers le leadership n’a pas été facile. Des normes sociales profondément ancrées et des obstacles structurels limitent depuis longtemps la participation des femmes aux postes décisionnels. Selon les Nations Unies, les femmes sont sous-représentées à tous les niveaux des processus décisionnels, et le monde est loin d’atteindre la parité dans la vie politique. Mais en Tanzanie rurale, des femmes comme Coletha commencent à changer cette situation.

« Dans notre région, le Mtwara, les femmes sont encore laissées pour compte en raison des traditions et des coutumes », explique Coletha.

« [Les coutumes] enseignent aux femmes à se marier, à avoir des enfants et à faire le ménage, et ne leur apprennent pas à diriger. Ce programme a été une grande satisfaction pour moi en tant que femme, parce que je rêvais de devenir dirigeante un jour. »

Coletha a participé à une formation dans le cadre du volet Promouvoir l’égalité entre les genres par la société civile de Fondations pour l’éducation et l’autonomisation, un programme de la Fondation Aga Khan appuyé par Affaires mondiales Canada. En partenariat avec une organisation locale de la société civile, le Tanzania Gender Networking Program (Programme de réseautage sur l’égalité entre les genres en Tanzanie), cette initiative visait à renforcer la participation et le leadership des femmes dans les rôles décisionnels.

Dans un nouveau centre d’information et de connaissances, Coletha et d’autres femmes ont suivi une formation sur l’égalité entre les genres et les questions liées au leadership. Après la formation, Coletha a décidé de sensibiliser le public à l’importance du leadership des femmes, et elle offre du mentorat et du soutien aux dirigeantes actuelles et futures.

Coletha rend visite à des habitants de son quartier.

Coletha est une voix respectée dans sa communauté. Elle plaide pour des processus décisionnels inclusifs et elle encourage d’autres femmes à assumer des rôles de leadership. Non seulement elle partage ses connaissances dans son village, mais elle se rend maintenant dans les villages voisins. De nombreuses femmes ont décidé de postuler à des postes de direction au niveau des sous-villages et des administrations locales.

« [Depuis la formation], 89 femmes ont rempli des formulaires pour [postuler]… à présent, 78 femmes occupent des postes de direction », explique Coletha.

Pour Coletha, le fait que des femmes occupent des postes de direction signifie qu’un plus grand nombre de besoins communautaires seront satisfaits.

« Les femmes qui occupent des postes de direction jouent un rôle très important, parce que si nous ne défendons pas nos intérêts, [personne] ne le fera. »

Rukia, qui vit dans le village de Mnyengedi, ne s’était jamais imaginée devenir une leader un jour.

« La formation [sur l’égalité entre les genres] a commencé par nous sensibiliser au fait que les femmes peuvent diriger et gérer n’importe quoi, et que les hommes n’ont pas à tout faire. La formation nous a réveillées », explique Rukia.

« Après la formation, nous avons commencé à organiser nos propres réunions… et [mes paires] m’ont conseillé de me présenter au poste de présidente du village. » Rukia a remporté les élections en 2024 et est devenue la première femme présidente de sa communauté.

« Quand j’ai été élue, j’étais heureuse, mais j’avais peur de mal faire le travail, parce que c’est quelque chose de nouveau pour moi et ma communauté – une femme qui se tient debout et qui assume un poste de leadership », dit Rukia.
Rukia lors d’une réunion avec d’autres chefs de village.

Selon Rukia, les problèmes qui touchent principalement les femmes étaient souvent négligés dans le passé. Par exemple, les femmes et les filles sont principalement responsables de la collecte de l’eau à domicile dans le monde, passant environ 200 millions d’heures à collecter de l’eau chaque jour. Cela réduit le temps qu’elles pourraient consacrer à d’autres activités, comme aller à l’école ou générer des revenus.

Après avoir pris les rênes, Rukia s’est attaquée en premier lieu à la remise en état du robinet d’eau du village, qui était fermé depuis trois ans. « J’y ai travaillé pendant deux à trois semaines… J’allais tous les jours au Service de l’eau [pour faire un suivi] », explique Rukia.

Elle s’attaque également au défi de la fréquentation scolaire. Son village n’a pas d’école primaire ou secondaire, de sorte que les élèves doivent parcourir de longues distances – jusqu’à 4 heures à pied – pour aller à l’école, ce qui entraîne un faible taux de fréquentation et d’achèvement des études. Rukia a convoqué une réunion avec les anciens du village pour trouver une solution, et ils recueillent actuellement des fonds pour acheter des terres en vue de construire une école. « Nous pensons que si nous obtenons le terrain et construisons une école, les enfants vont étudier près de chez eux, et nous pourrons nous assurer qu’ils vont à l’école. Nous sommes toujours en conversation avec les parents et les enfants pour qu’ils continuent à aller à l’école, parce que l’éducation est si importante dans la vie. »

« Beaucoup de femmes [connaissent maintenant] leurs droits… [et] grâce au travail que j’ai accompli pendant mon mandat, je pense que de nombreuses femmes leaders vont maintenant se manifester », déclare Rukia.

L’histoire du leadership des femmes en Tanzanie continue de s’écrire. Mais avec chaque porte ouverte, chaque aspirante leader encadrée et chaque obstacle remis en question, le récit change, grâce à des actrices du changement comme Coletha et Rukia.

Les témoignages de Coletha et Rukia s'inscrivent dans le cadre du programme « Fondements pour l'éducation et l'autonomisation » (F4EE) de la Fondation Aga Khan Canada.

Crédit photo : Rich Townsend / AKFC