Le mode de financement des services départementaux d'incendie et de secours (SDIS), basé pour partie sur une fraction de la taxe spéciale sur les contrats d'assurance (TSCA) assise sur le nombre de véhicules circulant en 2005, est devenu obsolète et inadapté aux défis actuels.
Non seulement cette approche ne reflète plus la réalité contemporaine du nombre de véhicules en circulation, mais elle est aussi déconnectée des besoins croissants des services de secours.
Avec l'augmentation des catastrophes liées au dérèglement climatique, les SDIS sont confrontés à des défis sans précédent.
Or, le financement basé sur une réalité datée ne permet pas une allocation des ressources adéquate pour faire face à ces nouvelles urgences, tout comme il ne permet pas la prise en compte de la valeur des vies, des biens et du patrimoine sauvés grâce à l’action des sapeurs-pompiers.
En conséquence, il est impératif de réviser ce mode de financement pour qu'il soit en phase avec les réalités actuelles et futures.
Un système plus dynamique et robuste, prenant en compte des indicateurs actuels et pertinents, est nécessaire pour garantir que les SDIS disposent des moyens adéquats pour protéger efficacement la population.
L'attractivité touristique d'un lieu, mesurée par son affluence, est un indicateur pertinent pour évaluer l'augmentation des risques et la sur-sollicitation des services d'urgence.
En effet, des destinations touristiques populaires, attirant un grand nombre de visiteurs, sont souvent confrontées à des défis uniques en termes de sécurité et de gestion des urgences.
La densité accrue de population dans ces zones, souvent dans des environnements non familiers pour les visiteurs, peut également augmenter la probabilité d'incidents.
L'attractivité touristique d'une zone peut être mesurée de manière efficace à travers le prisme des locations saisonnières, notamment celles proposées par les grandes plateformes en ligne comme Airbnb, Booking et TripAdvisor.
Ces plateformes fournissent des données concrètes sur le volume des touristes, reflétées par le nombre de nuitées réservées. Par exemple, en 2022, Airbnb a enregistré un chiffre d'affaires de près de 8,4 milliards de dollars avec plus de 300 millions de nuitées réservées, illustrant clairement la popularité et l'affluence touristique dans les zones desservies.Étant précisé que la plateforme paie toujours autant d'impôt qu'une petite PME locale dans l'Hexagone, en effet, la filiale française du géant de la location saisonnière a ainsi versé un impôt sur les bénéfices de seulement 366,451 euros en 2021.
La concentration de locations saisonnières dans certaines zones entraîne une augmentation des risques et des sollicitations des services d'urgence, en raison de la densité accrue de personnes présentes, souvent dans des zones qui ne sont pas conçues pour accueillir un tel afflux. De plus, l'impact du tourisme de masse, souvent stimulé par ces plateformes de location, a des conséquences directes.
Fin 2020, la demande de régulation plus stricte par vingt-deux grandes villes européennes, dont Paris, Amsterdam et Florence, contre les plateformes de location saisonnière souligne les tensions générées par le surtourisme et leur implication directe dans le phénomène.
Le phénomène de surtourisme, avec ses pics d'activité, pose donc un défi majeur pour les SDIS. Ces derniers sont principalement financés par les contributions versées par les contribuables locaux aux communes, intercommunalités et départements.
Cette situation devient problématique lorsqu'ils doivent faire face à une augmentation significative des demandes de secours. Elle crée un déséquilibre, car les ressources financières locales doivent supporter le fardeau supplémentaire induit par le tourisme, sans bénéficier de compensation, de péréquation ou de solidarité nationale. Cette absence de mécanismes de compensation ou de solidarité nationale pour les zones affectées par le surtourisme place une charge indue et disproportionnée sur les résidents locaux. De plus, le surtourisme entraîne souvent une usure accélérée des infrastructures et une augmentation des risques sécuritaires, sanitaires et environnementaux, nécessitant des interventions d'urgence plus fréquentes et plus coûteuses.
Il est par conséquent logique d'envisager que la taxe de séjour, initialement conçue pour éviter que les coûts liés au surtourisme ne retombent exclusivement sur les épaules des contribuables locaux, soit utilisée pour compenser les surcoûts encourus par les SDIS dans les zones touristiques.
Cette taxe, prélevée directement sur les touristes, a pour objectif de faire participer ceux qui bénéficient des ressources et infrastructures locales, sans être contributeurs directs au budget communal ou départemental. Cependant, les revenus générés par la taxe de séjour sont souvent insuffisants pour couvrir les dépenses supplémentaires liées au surtourisme, en particulier dans le contexte des catastrophes naturelles, dont la fréquence et l'intensité ne cessent de s'accroître. Ces événements, souvent imprévisibles et de grande ampleur, nécessitent des interventions d'urgence massives et coûteuses, dépassant largement les capacités financières apportées par la taxe de séjour.
L'injustice financière est manifeste pour les départements frappés par des catastrophes naturelles à l’image des vastes incendies de 2022 en Gironde. À la suite de tels événements, ces territoires subissent une double peine économique. D'une part, ils doivent faire face aux coûts élevés de la reconstruction et de la remise en état, comme le reboisement après un incendie. D'autre part, ils subissent une diminution drastique des recettes touristiques la saison suivante, en raison d'une baisse significative de la fréquentation touristique, directement liée aux effets de la catastrophe.
Face aux défis financiers croissants auxquels sont confrontés les SDIS, aggravés par les impacts du surtourisme et des catastrophes naturelles, la Fédération Nationale des Sapeurs-Pompiers de France appelle à une révision urgente du mode de financement de ces services essentiels.
Du fait de leur rôle significatif dans l’accroissement du surtourisme et des risques associés, il est impératif que les plateformes de locations saisonnières, en particulier Airbnb contribuent financièrement aux SDIS, proportionnellement aux risques générés par l'afflux touristique qu'elles facilitent et aux profits substantiels qu'elles en retirent. Cette démarche s'inscrirait dans une vision plus globale de partage des responsabilités et de coopération entre les différents acteurs économiques, les autorités locales et nationales, et les services d'urgence, pour faire face aux défis posés par le surtourisme et garantir la sécurité et la qualité de vie des populations concernées.