Questionner le texte littéraire Quelques rappels à appliquer sur un extrait des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos

Cette page propose quelques rappels dans la démarche d'analyse d'un texte littéraire. Si les spécificités de ce type de document sont bien entendu mis ici en avant, plusieurs éléments peuvent être exploités dans l'approche de documents de nature diverse.

1. Le paratexte

Il s’agit des éléments qui se trouvent autour du texte, et en particulier :

  • le(s) titre(s). Dans le cas d’un extrait, ne pas commenter le titre général de l’œuvre sauf si cela est pertinent par rapport au texte (par ex une occurrence des termes). Par contre, commenter le titre du texte s’il en a un (par ex un poème)
  • d’autres éléments, tels que : note(s) de l’auteur, épigraphe(s) (courte citation qu’un auteur met en tête d’un texte), dédicace(s) (hommage qu’un auteur fait de son texte à quelqu’un, par une mention placée en tête du texte)

Attention : ne pas confondre le paratexte auctorial (qui est sous la responsabilité de l’auteur) et le paratexte éditorial (qui est sous la responsabilité de l’éditeur ; dans le cas d’un extrait, le chapeau introductif par exemple).

2. Procédés d’organisation textuelle

Comment le texte est-il construit ?

Un texte n’est pas une simple juxtaposition de phrases, mais une unité complexe relevant de lois d’organisation. Il possède à la fois une cohérence (un fil conducteur, un thème) et une progression (les informations nouvelles sont données dans un certain ordre), qu’il est nécessaire de repérer très rapidement. On s’interrogera donc sur la mise en œuvre dans le texte de la règle de répétition (reprise d’éléments récurrents nécessaires à la progression de l’information, afin que se constitue un fil conducteur) et de la règle de progression (marche en avant du texte, but = fournir des informations nouvelles au lecteur).

On observera en particulier :

  • la typographie (disposition du texte imprimé sur la page, qui fournit une première série d’informations générales sur la composition du texte ; le rôle des blancs, qui séparent par ex les strophes d’un poème) et la volumétrie : variation de longueur des paragraphes, des strophes ou des répliques
  • les connecteurs : termes servant à signaler les articulations (chrono)logiques d’un texte ; ils peuvent apparaître à l’ouverture des paragraphes ou permettre la ligature des phrases ou des propositions entre elles. Ils marquent l’articulation entre les phrases et soulignent la progression générale du texte.
  • les paragraphes : organisation interne des paragraphes et organisation des paragraphes entre eux (modes de progression et modes d’enchaînements).Ex : répétitions, oppositions, parallélismes, progression…

3. Procédés énonciatifs

Qui parle à qui ?

Le texte littéraire s’inscrit dans un processus de communication complexe, en particulier parce qu’à l’intérieur de l’énonciation littéraire (un auteur parle à un lecteur) un autre acte d’énonciation peut être mis en scène (un personnage parle à un autre personnage). Il faut repérer cet enchâssement énonciatif et ne pas confondre les plans (ce que dit un personnage à un autre personnage, par exemple, n’est pas ce que l’auteur dit au lecteur).

On observera en particulier :

  • le système de la personnalisation : les noms propres, les appellatifs (ex : Madame, Marquise), les déterminants et pronoms possessifs (ex : mon / le mien), les pronoms personnels (ex : je)
  • les repères spatio-temporels (où ? quand ?)
  • le système des paroles et pensées rapportées (discours direct, indirect, indirect libre…)

4. Procédés lexicaux

Quels mots sont utilisés ?

On étudiera le lexique en prenant en compte à la fois le signifiant et le signifié :

  • le signifiant = les jeux sur la matérialité du signe : graphique (les lettres ; les jeux sur les majuscules, italiques, gras ou la grosseur des caractères) / phonique (les sons ; jeux mélodiques, rimes…)
  • le signifié = le sens, le référent (même si dans le schéma habituel en sémiologie, le référent est à part, signifiant et signifié se trouvant réunis comme les deux faces du signe).

Il faut être attentif en particulier :

  • aux jeux sur la polysémie (un même mot a plusieurs acceptions)
  • à l’opposition dénotation / connotation (dénotation : le signifié stable d’un mot = la définition du dictionnaire ; ex : serpent, « reptile à corps cylindrique très allongé, qui se déplace par des ondulations latérales du corps » / connotation : valeurs secondes qui viennent se greffer sur la dénotation, en lien avec le contexte ; ex : dans un contexte judéo-chrétien, le serpent est l’incarnation du démon de la tentation)
  • aux registres de langue (ex : eau, flotte, onde, H2O = même référent, différents registres de langue) ; on distingue en général 3 niveaux de langue : littéraire ou soutenu (onde), neutre ou courant (eau), familier (flotte)

Il faut également s’interroger sur les relations qui s’établissent entre unités lexicales à l’intérieur d’un texte :

  • les relations sémantiques (= les rapports entre le sens des mots) : en particulier la synonymie (relation d’équivalence entre 2 termes) et l’antonymie (relation d’opposition)
  • les réseaux lexicaux : en particulier les champs lexicaux (plusieurs mots expriment une même idée ou une même notion ; ex : le champ lexical de l’amour = « désir », « passion »…) et les champs sémantiques (on essaie de préciser le sens d’un terme en fonction de son contexte, en explorant sa polysémie ; par exemple le mot "fraise" qui peut renvoyer à trois sens différents: le fruit, l'outil du dentiste et le vêtement)

5. Procédés grammaticaux

Comment les phrases sont-elles construites ?

Les procédés grammaticaux qui peuvent être commentés dans un texte sont très nombreux. On observera en particulier :

  • la structure de la phrase : simple (la phrase est organisée autour d’un seul verbe, elle ne comporte qu’une proposition) / complexe (la phrase est organisée autour de plusieurs verbes, elle comporte au moins une proposition subordonnée)
  • les types de phrases : assertif (J’ai faim.) / interrogatif (As-tu faim ?) / jussif (Donne-moi à manger !) / exclamatif (J’ai faim !) / négatif (Je n’ai pas faim.)
  • les effets de rythme à l’intérieur de la phrase (« Jamais je n’eus tant de plaisir en vous écrivant ; jamais je ne ressentis, dans cette occupation, une émotion si douce et cependant si vive. » : 13 // 7+6+6+6 = 25 ; 2 phrase dont le rythme est ascendant, la phrase se clôt par un alexandrin)
  • l’ordre des mots : il est parfois imposé par la grammaire (*faim j’ai) ; quand il ne l’est pas, on peut le commenter (ex : une femme superbe / une superbe femme)
  • la fonction des mots : elle peut être commentée (notamment les positions de sujet et d’objet).
  • les temps verbaux, et en particulier le passage d’un système à l’autre (ex : présent / passé)

6. Procédés rhétoriques

Quelles sont les figures de style utilisées ?

Ils sont très nombreux ; il faut relever en particulier les figures de style (écart par rapport à la norme ou à la simplicité d’une expression neutre)

7. Procédés propres aux différents types de textes

Quel est le genre du texte et qu’est-ce que cela implique ?

Mise en pratique

Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses (1782), Lettres XLVII et XLVIII

Les Liaisons dangereuses est un roman épistolaire - c'est-à-dire par lettres - qui met en scène la complicité (ainsi que la rivalité) entre deux libertins, le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil. Au début du roman, la seconde demande au premier de l'aider dans une entreprise de vengeance visant à séduire sa jeune cousine, Cécile de Volanges, promise à un de ses anciens amants. Mais Valmont a d'autres projets, plus ambitieux: conquérir Mme de Tourvel, prude et réservée, véritable défi pour un libertin comme lui. Valmont se déclare, mais rencontre des obstacles dans son entreprise, Mme de Volanges, la mère de Cécile, mettant en garde Mme de Tourvel contre lui. Décidé à se venger de Mme de Volanges en compromettant sa fille, Valmont quitte la compagnie de Mme de Tourvel tout en obtenant le droit de lui écrire.

  • Trouver un élément de chaque catégorie de phénomènes textuels, si possible contribuant au caractère épistolaire du texte (caractéristique majeure de l’extrait)
  • Les procédés doivent être relevés ET interprétés. La démarche à suivre est donc la suivante : relevé de l’occurrence – caractérisation (dénomination et description du fait observé) – Interprétation

Analyse filmique

Stephen Frears propose en 1988 une adaptation du roman épistolaire de Choderlos de Laclos, avec dans les rôles titres Glenn Close (la marquise de Merteuil), John Malkovich (le vicomte de Valmont), Michelle Pfeiffer (Mme de Tourvel), Uma Thurman (Cécile de Volanges) ainsi que Keanu Reeves (le chevalier Danceny).

  1. Quelles difficultés se présentent selon vous a priori pour une adaptation de ce roman ?
  2. Quels sont les choix opérés par la mise en scène pour représenter ce qui est raconté dans ces deux lettres ?
  3. Y a-t-il selon vous des choses "perdues" et des choses "gagnées" dans cette adaptation ?
CRÉÉ PAR
Aurélien Pigeat