Mot d'ouverture
Au cours du triennat 2023-2026, le comité national des femmes avait pour mandat d’explorer le phénomène de la sexualisation précoce pour ensuite développer un outil visant à faciliter les discussions intergénérationnelles autour de cet enjeu. Cette bande dessinée constitue l’aboutissement de ce travail et c’est avec une immense fierté que nous vous la présentons aujourd’hui. Tout d’abord, nous tenons à féliciter les membres du comité qui ont travaillé main dans la main, en faisant preuve d’une grande ouverture d’esprit, pour convenir des thèmes à aborder et rédiger les dialogues de chaque mise en situation. Le résultat final est à l’image du travail qu’elles ont effectué tout au long de ce triennat : coloré, inspirant et empreint de bienveillance. Nous adressons notre plus profonde reconnaissance à madame Francine Duquet, Ph. D. sexologue, pour le soutien inestimable apporté tout au long de la réalisation de ce projet qui, sans elle, n’aurait pu voir le jour. Nous ne pouvons également passer sous silence le magnifique travail d’illustrations réalisé par Caroline Soucy qui a su donner vie à notre vision et à nos personnages avec une sensibilité et un talent remarquables. Enfin, nous tenons à remercier toute l’équipe de l’AREQ qui a participé de près ou de loin à la réalisation de ce projet. Il y a un peu de chacune de ces personnes dans cette bande dessinée et c’est ce qui en fait un projet aussi spécial. Nous espérons que ce court ouvrage ouvrira la porte à de belles discussions empreintes d’empathie et de bienveillance entre grands-parents, parents et petits-enfants. Bonne lecture! Brigitte Roy Responsable politique du dossier des femmes Maude Tweddell Conseillère
Analyse de la mise en situation 1
Comprendre la sexualisation précoce
Cette scène met en lumière un malaise ressenti par des grands-parents face à l’évolution des comportements de leurs petits-enfants. Ce sentiment révèle une réalité préoccupante : l’exposition précoce des enfants à des contenus sexualisés. Selon Francine Duquet, ces contenus sont ceux qui présentent une charge sexuelle explicite ou implicite, souvent détachée de toute signification affective, relationnelle ou éducative. Ils sont omniprésents dans les médias, les réseaux sociaux, les jeux vidéo, les publicités, et peuvent influencer directement la construction identitaire des enfants qui y sont exposés. Les stéréotypes de genre véhiculent des attentes rigides liées au sexe biologique : les filles sont coquettes et préoccupées par leur apparence, tandis que les garçons sont actifs et parfois agressifs. Ici, Charlène et Mathis semblent adopter ces rôles traditionnels sans remise en question, ce qui limite leur liberté d’exploration personnelle et nuit à leur développement global. Le phénomène des « Sephora girls » illustre bien cette problématique. Ce terme décrit de très jeunes filles qui adoptent des routines de soins de la peau et de maquillage inspirées des influenceuses beauté. Ceci est inquiétant puisque les enfants sont poussés à s’identifier à des standards de beauté irréalistes et à sexualiser leur apparence bien avant la puberté, sans compter qu’on les incite à utiliser des produits cosmétiques qui s’adressent à des femmes adultes. Pourquoi intervenir ? La sexualisation précoce peut entraîner des conséquences importantes sur l’estime de soi, la perception du corps, les relations sociales et même les comportements à risque. Laisser les enfants s’y exposer sans accompagnement critique, c’est renoncer à leur offrir des repères solides et sains. Pistes d’intervention Les grands-parents peuvent jouer un rôle de modélisation bienveillante. En posant des questions ouvertes, comme le propose le grand-père, ils incitent l’enfant à réfléchir à ses choix. Proposer des activités créatives ou coopératives (cuisine, jardinage, lecture) permet de valoriser d’autres formes d’expression. Il est aussi essentiel de maintenir une communication ouverte avec les parents pour assurer une cohérence éducative. Favoriser des rapports égalitaires entre enfants, c’est leur offrir la liberté d’être eux-mêmes, sans se soumettre aux diktats des genres ou à la pression de séduire. Cela commence par les écouter, les accompagner avec curiosité et leur transmettre des valeurs d’équité, de respect et d’authenticité.
Analyse de la mise en situation 2
L'exposition précoce à la pornographie
Cette scène expose un enjeu de plus en plus fréquent : la découverte involontaire de contenus pornographiques. Comme le mentionne Francine Duquet, ceux-ci présentent des représentations explicites d’actes sexuels, généralement déconnectées de ce que signifie réellement partager son intimité, sans égard au respect de la pudeur, des limites personnelles, du consentement ou de la réciprocité affective. Ils tendent aussi à banaliser certaines formes de violence. Ces contenus sont conçus pour des adultes consentants, et non pour des enfants. Comment en parler aux enfants? L’objectif est d’offrir un espace d’écoute et de compréhension, sans induire un sentiment de honte. Ici, la grand-mère agit avec délicatesse sans se mettre en colère, mais en proposant à sa petite-fille de l’accompagner et de discuter. Cette bienveillance permet à l’enfant d’oser exprimer ses émotions. Ici, du malaise et du dégoût, mais aussi le désir d’appartenance au groupe. Aborder la question de la pornographie avec des enfants signifie adapter le discours à leur niveau de compréhension (1). Il s’agit de leur expliquer que ces images ne représentent pas la réalité, qu’elles peuvent être choquantes, irréalistes, violentes ou irrespectueuses, et qu’elles ne montrent pas ce qu’est une relation amoureuse ou affective ni le fait de partager une intimité sexuelle. L’importance de la vigilance numérique La vigilance c’est d’abord être attentif aux contenus consultés, sans être intrusif, et de maintenir un dialogue ouvert. Il est aussi fondamental d’installer des outils de contrôle parental (ex. : les bloqueurs de contenus explicites) sur les appareils numériques accessibles aux enfants. Sans remplacer la discussion, cela peut réduire les risques d’exposition. Pistes d’intervention • Créer des moments d’échanges, sans jugement; • Utiliser un langage clair, sans dramatiser ni minimiser; • Renforcer l’autonomie numérique dès le jeune âge. Une éducation affective et sexuelle fondée sur l’écoute et le respect permet de prévenir les effets néfastes de l’exposition précoce à la sexualité médiatisée. Cultiver des rapports égalitaires, c’est apprendre aux enfants à se respecter, à s’affirmer sans dominer et à bâtir des relations fondées sur la confiance, et non sur les apparences ou la pression des pairs. 1 Voir le programme On est encore des enfants (Duquet, 2017) pour plus de détails.
Analyse de la mise en situation 3
Le consentement, au cœur des relations saines
Cette scène normalise la sexualité chez les adolescents, tout en mettant en lumière l’enjeu central du consentement (1), c’est-à-dire l’accord libre, éclairé, enthousiaste et réversible de chaque personne avant toute activité intime. Ce n’est pas seulement dire « oui » — c’est pouvoir dire « non » sans peur et pouvoir changer d’avis, à tout moment. Ce principe fondamental doit être compris, intégré et respecté par tous, dès l’adolescence. La grand-mère adopte une posture bienveillante, sans jugement. En valorisant le sens des responsabilités de sa petite-fille, elle renforce l’estime de soi et la confiance nécessaire pour faire des choix autonomes. Elle aborde aussi avec tact la pression affective ou sociale qui peut compromettre le consentement réel. L’amie de la petite-fille, qui se sent « obligée » d’avoir des relations sexuelles pour plaire à son copain, vit, elle aussi, une situation problématique. Se sentir forcé, même sans contrainte physique, est une atteinte au consentement qui peut engendrer de la détresse et de la culpabilité. Pourquoi intervenir ? Le respect du consentement est un apprentissage relationnel et émotionnel. Sans repères clairs, les adolescents peuvent reproduire des comportements coercitifs ou accepter des relations qui les blessent. Aborder ces sujets avec ouverture et respect est essentiel pour prévenir les agressions et encourager des rapports sains. Pistes d’intervention
- Normaliser les discussions autour de la sexualité, sans tabous;
- Expliquer que le consentement est essentiel et doit être réciproque;
- Outiller les jeunes à reconnaître la pression, à poser leurs limites et à écouter celles des autres.
Le consentement est le socle des rapports égalitaires. Il suppose le respect de soi et des autres, la capacité de communiquer et l’autonomie dans les décisions affectives. En valorisant l’écoute, le dialogue et la liberté de choisir, les grands-parents peuvent jouer un rôle central dans la prévention des violences sexuelles et la construction de relations saines. 1 Tel que défini dans le programme Oser être soi-même (Duquet et coll., 2023)
PRODUCTION Coordination : Maude Tweddell Responsable politique : Brigitte Roy Rédaction des mises en situation par les membres du comité national des femmes 2023-2026 : Pierrette Bouchard Carmen Langlais Gladys Roy Micheline Tremblay Sonia Trépanier Révision académique : Francine Duquet, Ph. D. sexologue, directrice du projet Outiller les jeunes face à l’hypersexualisation, Département de sexologie, UQÀM Illustrations et conception de la bande dessinée Caroline Soucy Assemblage graphique : Martine Faguy Toute reproduction d’un extrait de ce livre est strictement interdite sans l’autorisation de l’AREQ (CSQ). © AREQ (CSQ), 2025 AREQ (CSQ) 320, rue Saint-Joseph Est, bureau 100 Québec (Québec) G1K 9E7 Téléphone : 418 525-0611 ou 1 800 663-2408 Courriel : info@areq.lacsq.org Site Internet : areq.lacsq.org DÉPÔT LÉGAL Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque et Archives Canada ISBN 978-2-89061-159-7 ISBN 978-2-89061-160-3 (PDF)