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Séminaire d'études à Bruxelles : Faire projet pour retisser une ville fragmentée

7, 8 et 9 octobre 2026

Bruxelles est une ville de paradoxes : capitale européenne et territoire populaire, ville fragmentée et laboratoire du renouvellement urbain. Ce séminaire propose un parcours immersif au cœur des projets qui cherchent à recoudre ses tissus par l'espace public, le logement, la participation, la reconversion et l'articulation des échelles de gouvernance.

Objectifs du séminaire

  • comprendre les cadres qui organisent (ou fragmentent) la ville
  • montrer concrètement comment le projet urbain devient un outil de structuration, et pas seulement un cadre théorique
  • comprendre comment le projet urbain transforme des sites stratégiques en nouvelles polarités
  • analyser comment le projet urbain agit sur les équilibres sociaux et les dynamiques de fragmentation
  • comprendre comment la participation contribue à relier les fragments urbains
  • comprendre l'implication de l'UE dans la production du logement abordable

LES GRANDES LIGNES DU PROGRAMME

Mercredi 7 octobre — Découvrir, connaître et comprendre bruxelles

Accueil des participants à l'hôtel à 9h30

Matin — Gouvernance et cadres de structuration
  • Visite à pied dans le Pentagone (centre-ville)
  • Présentation : institutions, gouvernance et outils de planification par Perspective Brussels et la Bouwmeester

Déjeuner en centre-ville

Après-midi — Du plan au projet : les outils et leur mise en œuvre
  • Du plan au projet : l’aménagement des espaces publics Brussels Environnement
  • Visite du site de la Porte de Ninove

Temps de connaissance et d’échange entre participants

Dîner en commun

Jeudi 8 octobre - Transformer Bruxelles : renouvellement urbain et cohésion sociale

Matin — Le projet de recyclage urbain comme outil de nouvelles polarités
  • Présentation et visite du secteur Tour et Taxis par son développeur Nextensa
  • Présentation et visite de la reconversion économique du canal par Citydev

Déjeuner

Après-midi — Le logement comme facteur de cohésion ou de fragmentation
  • Présentation du Community Land Trust de Bruxelles et visite d’une opération
  • L’histoire des luttes pour le logement populaire et visite des Marolles – ARAU

Temps d’échange entre participants

Vendredi 8 octobre — Relier Bruxelles : participation et articulation des échelles

Matin — Co-produire la ville
  • Visite du quartier Peterbos et présentation du projet de rénovation urbaine
  • Les dynamiques de projet et associatives à Anderlecht
  • La reconversion du quartier européen : présentation du projet de reconversion du bâti par Whitewood et Perspective

Déjeuner

Après-midi — Échelles et gouvernance multiples
  • Comprendre l’implication de l’UE dans la production du logement abordable – Task force logement de la commission

Atelier conclusif entre participants

Mercredi 7 octobre — Découvrir, comprendre Bruxelles : lire sa fragmentation, et les outils qui la combattent

Présentation générale : contexte, gouvernance et planification

Le développement de Bruxelles, ville-région, est indissociable de l’histoire des 19 communes et de la centaine de quartiers qui la composent. Bruxelles est une ville de paradoxes : tantôt décrite comme une capitale européenne peuplée de bureaucrates pressés, un grand théâtre populaire cosmopolite, un « port d’attache créatif » ou une ville immuable, enracinée dans ses traditions… Cette fragmentation est lisible dans le tissu urbain, au sein même du Pentagone, qui dessine le cœur de la ville historique et de ses abords immédiats. L’urbanisation pilotée par l’Etat dans les années 50 à 70 a tellement contribué à cette hétérogénéité qu’on parle de « Bruxellisation » pour désigner les interventions qui sont venues remplacer les tissus existants par de nouveaux quartiers et tracer de grandes voies automobiles. Bruxelles est alors plus conçue comme une ville d’usage que résidentielle. Si son centre d’affaires reste aujourd’hui très puissant et son PIB important, la paupérisation de la population est croissante et réelle (seules 10% des mères isolées sont en situation d’emploi, un quart de la population vit sous le « seuil de risque de pauvreté »). Face à cette hétérogénéité urbaine et sociale, l’édifice institutionnel actuel est récent : si des liens existent depuis des siècles entre les communes qui la composent, la Région Bruxelles-capitale (à ne pas confondre avec la commune même de Bruxelles), n’existe que depuis 1989. Il s’agit d’une des 3 régions fédérées de Belgique, située géographiquement au sein de la région de Flandres. Capitale elle l’est à plusieurs niveaux, accueillant les institutions de l’Etat fédéral, celle de la Région flamande, celles de l’Union Européenne, ainsi que les administrations de l’OTAN et le siège de la Fédération Wallonie-Bruxelles.   En termes d’aménagement elle dispose de plusieurs niveaux de planification dont le plan régional d’affectation des sols (PRAS), actuellement en cours de refonte. Des contrats de quartiers durable, et contrats de rénovation urbaine, visent à mettre leurs orientations en pratique, souvent pour favoriser l’articulation entre territoires communaux et recréer du lien entre les tissus urbains. En réaction à l’historique de « brutalisation » du territoire, la région est aussi dotée d’un « bouwmeester - maitre architecte » qui n’a pas de pouvoir opposable mais pour mission de stimuler la qualité spatiale des projets urbains à Bruxelles depuis une position indépendante.

Du plan au projet : les outils et leur mise en œuvre

La Porte de Ninove se trouve à la charnière entre l'ouest et l'est de la ville, à l'endroit où le Canal forme un coude et accueille une écluse. Ce secteur a été transformé au fil de l’accueil d’activités économiques successives : abattoirs, agrandissement du canal et construction de l’écluse, hangars et entrepôts... La démolition d’une partie de ces infrastructures a donné lieu à une libération de terrains conséquente. Cette disponibilité foncière confère à la Porte de Ninove une haute perméabilité physique avec les quartiers environnants et un fort potentiel de densification.   A l’intersection de 3 communes Anderlecht, Molenbeek-Saint-Jean et Bruxelles-Ville, le projet qui s’y déploie doit donc répondre à plusieurs enjeux de taille pour refaire du lien et revaloriser un espace situé à la fois en bordure de l'épicentre urbain et sur le chapelet des « Portes » qui forment la Petite Ceinture, et supporte un trafic important.   Pour transformer ce nœud urbain en un lieu convivial et attractif, les espaces publics sont réaménagés et sécurisés pour tous les usagers et une programmation diversifiée est attendue. La transformation de ce territoire est emblématique d’un travail de couture donnant la part belle à la renaturation de l’espace public, emblématique des pratiques récentes sur la région bruxelloise.

Jeudi 8 octobre – Transformer Bruxelles : renouvellement urbain et cohésion sociale

Le projet de recyclage urbain comme outil de nouvelles polarités

Projet de restructuration du canal et développement économique Le territoire du canal couvre 14 km de long et traverse la Région de Bruxelles-Capitale en passant par sept communes. Lieu d’un développement économique fulgurant au 19e siècle, il abrite aujourd’hui une population jeune et cosmopolite aujourd’hui fortement touchée par le chômage et les difficultés d’insertion socio-professionnelle. Il est aussi le lieu de développement d’une nouvelle économie, participant à l’absorption de l’essor démographique.   Le patrimoine industriel du territoire du Canal, ses caractéristiques urbaines et le dynamisme de sa population constituent un capital de développement déterminant. Le Plan Canal, conçu par Alexandre Chemetoff a placé la question la mixité au cœur de ses préoccupations. Avec un réseau important de parcelles publiques il révèle un levier fort pour le développement de ce territoire en particulier et de la Région en général, avec un potentiel de 25.000 logements et de 7.500 emplois.   Le programme du Plan Canal est axé sur les éléments suivants : une mixité des fonctions urbaines, avec la recherche de solutions de compatibilité entre les différentes activités ; le renforcement économique et plus particulièrement des activités productives ; la production de logements pour répondre aux besoins de la population, plus particulièrement dans les catégories aux revenus peu élevés.   Le plan se décline de manière opérationnelle en un contrat de renouvellement urbain sur le secteur Citroën-Vergote. Fondé sur une dynamique partenariale, il prévoit, outre des actions sociétales, des projets d’équipements aussi prestigieux que le projet Kanal, site partenaire du centre Pompidou qui ouvrira fin 2026 dans les locaux de l’ancien plus grand garage d’Europe, patrimoine hérité des années 30.   Une visite du secteur permettra de découvrir des projets tels que le projet Tivoli, mis en œuvre par Citydev, qui met en avant un développement résidentiel diversifié dans un secteur encore marqué par les activités logistiques. L’opérateur tente de relever le défi d’augmenter le nombre de logements tout en maintenant en ville des activités productives qui puissent rester compatibles avec un environnement urbain souvent dense. Le quartier accueille également un incubateur d’entreprises innovantes, Greenbizz.   La reconversion du secteur Tour et Taxis, ancien site de la gare maritime, constitue une initiative entièrement privée, qui se veut porteuse d’une attractivité nouvelle. Construit entre au début du 20ème siècle, couvrant 40 hectares d’anciennes prairies marécageuses ,Tour & Taxis était un gigantesque complexe de dédouanement et d’entreposage sur le principal nœud fluvial, routier et ferroviaire de Bruxelles. Le projet porte sur la métamorphose de la Gare Maritime en 50000 m² d’espaces multifonctionnels avec un mélange d’activités économiques (bureaux, ateliers…) et commerciales (marché, showrooms, magasins…) ainsi que des équipements collectifs. Le projet combine revalorisation du patrimoine industriel, parc public et développement résidentiel, censé intégrer une part de logement abordable.  

Le logement comme facteur de cohésion ou de fragmentation

Le logement locatif social ne représente que 9% du parc de logement bruxellois. Dans un contexte d’accroissement démographique et de paupérisation de la population, malgré des écarts conséquents entre les groupes sociaux, l’accès au logement est toutefois un enjeu majeur comme dans de nombreuses villes européennes. Dans ce contexte, les modalités de défense de l’habitat abordable comme les nouvelles façons d’en créer, sont des outils qui contribuent à maintenir ou intensifier des continuités urbaines.   Le quartier populaire et commerçant des Marolles a historiquement fait place à des programmes d’embellissement et opérations hygiénistes et a accueilli depuis le début du 20e siècle divers équipements et ensembles de logements sociaux remarquables. Ces derniers, de la composition Art nouveau de la Cité sociale Hellemans au complexe des Minimes, en contrebas de l’imposant Palais de Justice, recouvrent des typologies très différentes. Aujourd’hui ce sont également les barres de logements datant des années 1970-80 qui font l’objet de rénovation, avec des enjeux de meilleure intégration dans le tissu urbain ainsi que d’adaptation aux exigences de confort et de performance énergétique. Ce paysage est aussi hérité d’une mobilisation populaire ou habitante : les Marolles constituent l’ancrage historique et symbolique des luttes urbaines bruxelloises, elles renvoient à l’histoire de l’ARAU, Atelier de Recherche et d’Action Urbaines qui constitue l’une des plus anciennes associations fédérant la participation citoyenne sur les projets bâtis à Bruxelles, constituée en réaction aux transformations de la ville dans les années 50 et 60.   De manière plus contemporaine, le Community Land Trust de Bruxelles monte des projets d’accession pour lesquels les habitants se rendent acquéreurs uniquement du logement sans achat du foncier correspondant, permettant des prix de sortie inférieurs à 40% au prix du marché. L’organisation s’efforce de travailler en lien avec les associations pour monter des projets accompagnés d’initiatives sociales.  

Vendredi 9 octobre — relier Bruxelles :

participation et articulation des échelles

Co-produire la ville

Le quartier du Peterbos se situe au nord de la commune d'Anderlecht en seconde couronne ouest de la région Bruxelloise. Il constitue l'une des plus grandes cités d’habitat social de la région. Malgré une forte concentration de logements datant des années 60 et 70, le site du Peterbos constitue un parc habité, avec un urbanisme en ordre ouvert, où aucun des immeubles n’est véritablement à front de rue. Le quartier figure parmi les plus pauvres de Bruxelles et rassemble une population confrontée à de fortes difficultés, dont près de 40% sont de nationalité étrangère. En 2020, un “Masterplan” traduisant une nouvelle vision pour l’aménagement du quartier a été élaboré par les bureaux d’étude Studio Paola Viganò et VVV. Il vise à repenser les espaces publics du Peterbos afin de redynamiser le quartier et de le rendre plus durable, fluide, facilitant des rencontres entre les habitants ainsi qu’une ouverture vers l’extérieur. Le Contrat de Quartier Durable, mise en œuvre depuis 2022, à visée opérationnelle, a notamment pour objectif de permettre aux habitants de se réapproprier le parc habité et de répondre à la demande en équipements. Le projet mené a donné lieu à des « parcours de participation » mettant en œuvre des outils variés.

 

Au nord-est de la ville, le quartier européen est un autre quartier entièrement né à partir des années 1950, dont les contours ont évolué au gré de la politique immobilière des institutions européennes. Centré autour des institutions de l’UE et des activités y afférant, le parc de bureaux y domine. En tant que premier pôle d’emploi international de la Région de Bruxelles-Capitale, le Quartier européen représente un enjeu de développement majeur. L’objectif de la Région est d’en faire un quartier mixte avec des logements diversifiés, des espaces publics de qualité, ainsi qu’un pôle culturel pour tous. Cette nouvelle vision s’inscrit dans la tendance récente de la forte augmentation du télé-travail, les aspirations des habitants et habitantes, des travailleurs et travailleurses ainsi que dans la nécessité de mieux prendre en compte le rôle que les espaces publics et les bâtiments peuvent jouer dans la lutte contre le changement climatique. Alors que la Commission Européenne cherche à réduire et à réorganiser ses espaces de bureaux en vue de les rendre plus durables, une vaste opération immobilière se met en place. Pas moins de 21 bâtiments existants seront transférés en une seule fois à l’État belge, soutenu par Cityforward avec Whitewood comme gestionnaire. Ces bâtiments seront remis sur le marché pour être rénovés, redéveloppés et reprogrammés. L’intention est de dédier environ 30% du redéveloppement à des affectations autres que des bureaux, telles que des logements et des équipements.

Échelles et gouvernance multiples

Pour comprendre comment Bruxelles est également un lieu de pouvoir, où s’articulent des échelles de décision, une rencontre avec la Task force logement de l’Union européenne permettra d’éclairer la nouvelle politique de la commission en la matière. La mobilisation de l’Union européenne est sans précédent sur la question du logement, avec la nomination fin 2024 d’un Commissaire européen dédié et le lancement en décembre 2025 du Plan européen pour le logement abordable. Ce plan est issu du constat d’une situation critique dans l’ensemble des pays de l’UE :

  • Part du logement dans la consommation des ménages passée de 22% à 32% en 20 ans
  • Plus de 75% des Européens vivent dans des régions où il faut plus de 30 ans pour accéder à un logement, avec des situations très contrastées entre et à l'intérieur des pays et des difficultés concentrées dans zones touristiques et métropolitaines
  • Situation particulièrement difficile en Europe centrale et de l'Est
  • Inégalités selon le statut d'occupation : logement locatif social marginal (6-7% de l'ensemble du parc, disparités fortes entre pays) et taux d'effort critique dans le parc locatif privé
  • Fracture générationnelle croissante

Rien qu’en 2025 il aurait fallu bâtir un million de logements en plus au sein de l’UE pour répondre à la demande, soit 70 % de plus que le niveau effectif des constructions, selon la Banque européenne d’investissement. Le plan comprend 4 piliers détaillés en séance :  construction, mobilisation des investissements, réformes et régulation et publics spécifiques. Dans les mois qui viennent il doit être précisé et décliné de manière opérationnelle. Des questions subsistent sur ces déclinaisons, dans la mesure l’UE n'a pas la compétence logement, et sur la façon dont la spécificité du système français pourra être prise en compte.

MERCREDI 5 JUIN - QUELLES AUTRES DYNAMIQUES POUR UNE VILLE INCLUSIVE ?

JEUDI 6 JUIN - Une revitalisation du centre-ville par les initiatives habitantes

INFORMATIONS PRATIQUES

Les frais de participation au séminaire d’études s’élèvent à 2 035 euros TTC par personne.

Ce prix comprend :

  • L'hébergement 3 nuits en chambre double à usage individuel avec petit-déjeuner en hôtel hors catégorie, équivalent 3* (Motel One Hambourg-Fleetinsel)
  • 3 déjeuners et 2 dîners
  • Les visites de site et l'animation pédagogique du séminaire, ainsi que les services d'un guide
  • Le carnet du participant
  • La location de l'audio-guide et les services d’un interprète sur place
  • Les transferts sur place en autocar

Ce prix ne comprend pas le transport A/R pour se rendre à Hambourg.

Retournez le bulletin d'inscription accompagné du règlement de votre participation au séminaire d’études, par mail à : hmghizou@ecoledurenouvellementurbain.com

Le séminaire est co-produit par l’Ecole du Renouvellement Urbain et l'Agence Terra Nobilis

CRÉÉ PAR
Alice COMBAUD