Un conte de deux jardins Les communautés de Mnacho et de Chienjele développent des solutions aux défis de l’éducation dans leurs écoles primaires

Comme des milliers d’autres élèves du primaire dans les zones rurales de la Tanzanie, Sharifa, 12 ans, manquait souvent l’école.

Sharifa vit à Mnacho, une petite communauté rurale dans la région de Lindi, dans le sud de la Tanzanie.

« Autrefois, je n’allais pas à l’école tous les jours. Je n’y allais pas parce qu’on ne nous donnait pas à manger à l’école », explique Sharifa.

L’enseignement primaire est gratuit en Tanzanie, mais certaines écoles demandent aux parents de soutenir les programmes d’alimentation scolaire, soit par des frais mensuels, soit en fournissant des denrées alimentaires comme de la farine de maïs.

De nombreuses familles sont également tenues de couvrir d’autres coûts tels que les uniformes, les livres et d’autres matériels pédagogiques. Plusieurs familles de Mnacho n’ont pas les moyens d’assumer ces frais.

Pour les filles comme Sharifa, l’accès à l’éducation est également entravé par des attitudes négatives à l’égard de l’éducation des filles, du mariage des enfants et du fardeau inégal des responsabilités domestiques.

Ali, qui enseigne la nutrition à l’école primaire de Mnacho, a remarqué que l’heure du dîner était un défi pour de nombreux élèves.

Le programme de repas scolaires de Mnacho n’était pas abordable pour certaines familles, et les élèves n’avaient souvent pas d’autre choix que de rentrer à pied chez eux pour manger.

« [Mais] comme de nombreux parents ne sont pas encore revenus de la ferme, il n’y a personne à la maison pour nourrir les enfants », explique Ali.

Certains élèves attendaient alors leurs parents, tandis que d’autres essayaient de se faire à manger. En conséquence, beaucoup ne pouvaient pas retourner à l’école à temps. Craignant les conséquences du retard, la plupart des élèves choisissaient de rester à la maison.

Lorsque l’enseignant Ali a entendu parler d’un comité visant à trouver des solutions pour aider les élèves à rester à l’école, il a décidé de se joindre.

Ce comité recevait l’appui de la Fondation Aga Khan Canada dans le cadre d’un programme visant à soutenir les systèmes d’éducation aux niveaux préprimaire et primaire.

« Nous avons nommé notre équipe « Team Wapambanaji » [équipe « Les combattants », en swahili], parce que les gens ici sont des combattants. [Ils] travaillent dur pour gagner leur vie grâce aux activités agricoles. Il y a un esprit de détermination. »

L’enseignant Ali et son équipe ont décidé de créer un projet de production alimentaire en vue d’augmenter la fréquentation scolaire.

Une pancarte indiquant « Bienvenue à l'école primaire Mnacho » en kiswahili.
« L’idée avait beaucoup de sens, en raison des ressources autour de l’école primaire de Mnacho », a déclaré l’enseignant Ali.

« La première ressource est la terre... L’autre ressource est l’eau, qui est accessible dans les alentours. Et finalement, les gens : les parents, les tuteurs et les enseignants, mais aussi les autres membres de la communauté. »

Derrière l’école primaire de Mnacho se trouve maintenant un jardin de 2,5 acres, dans lequel on cultive des pois d’Inde, du chou, des épinards et du maïs.

Les jardins scolaires sont un outil pédagogique à bien des égards : ils améliorent l’apprentissage dans les classes de sciences, de santé et de nutrition comme celle de l’enseignant Ali et aident à développer des compétences socioémotionnelles comme le travail d’équipe et la communication.

L’enseignant Ali donne un cours sur les groupes alimentaires (Makundi ya Chakula).

Chaque matin et chaque soir, les élèves se relaient pour s’occuper du jardin, faire du désherbage et aller chercher de l’eau dans le ruisseau voisin.

Les parents, les grands-parents et les membres de la communauté récoltent les cultures à tour de rôle et préparent les repas, ce qui permet de nourrir les élèves.

Arafa, la mère de Sharifa, fait partie des parents qui se portent volontaires pour préparer les repas scolaires.

Depuis que Sharifa a commencé à dîner tous les jours à l’école, Arafa a constaté non seulement une amélioration dans l’apprentissage et les résultats scolaires de sa fille, mais aussi des changements dans sa santé et son bien-être.

« [Sharifa] était assez petite avant, mais depuis [la création du programme de repas scolaires], je vois que son corps se renforce. »
Sharifa en classe.

Le succès du jardin de l’école primaire de Mnacho a fait que d’autres écoles de la région ont commencé à adopter cette solution – comme cette école primaire de Chienjele, située dans un village voisin.

Alors que le jardin de l’école primaire de Chienjele n’a que quelques mois, il est déjà luxuriant et déborde de biodiversité. On y produit une variété de cultures comme les pois d’Inde, le poivre, le chou et la citronnelle.

« Des enseignants [d’autres écoles] qui ont reçu une formation sont venus et ont partagé leurs connaissances », a déclaré Evalina, une enseignante de préprimaire.

L’école primaire de Chienjele a également été soutenue par un Green Champion (champion·ne vert·e), une jeune personne locale formée à l’agriculture régénératrice, dans le cadre d’une autre initiative de la Fondation Aga Khan.

Le champion vert de l’école à recommandé l’installation de petits systèmes d’irrigation au goutte-à-goutte autour de l’école, une solution simple et peu coûteuse. L’école fabrique également ses propres produits agricoles bios – engrais naturels et pesticides – en utilisant des matériaux disponibles localement comme des feuilles broyées et séchées et du fumier.

Une installation simple d'irrigation goutte à goutte (à gauche) et un élève pulvérisant de l'engrais naturel dans le jardin (à droite).

Les jardins scolaires sont non seulement devenus un lieu d’apprentissage pour les élèves, mais aussi pour leurs parents.

L’enseignante Evalina dit que les élèves parlent souvent de ce qu’ils ont appris à leurs parents, et certains élèves ont commencé leurs propres jardins à la maison.

Les parents sont favorables au jardin scolaire, car ils savent que leurs enfants mangeront des repas nutritifs à l’école et qu’ils pourront faire leur travail ménager ou agricole sans avoir à se soucier de leurs enfants ou à quitter le travail pendant la journée. Certains parents sont également venus à l’école pour voir le jardin et apprendre à produire des cultures plus résilientes et nutritives.

« L’éducation consiste à acquérir différents types de connaissances, de diverses sources, et ces connaissances peuvent être formelles ou informelles. Cela peut se faire en classe… mais également en dehors de la classe, par exemple, dans un jardin », explique l’enseignante Evalina.

Le jardin est aussi une source de motivation pour les élèves.

« Les légumes attirent les enfants parce qu’ils savent qu’ils auront de la nourriture délicieuse, de bons légumes… ils arrivent à l’école à temps, mais aussi parce qu’ils sont très actifs dans les activités agricoles », déclare-t-elle. « Ils disent : « Madame, je veux essayer! Monsieur, je veux récolter les légumes! ».

Pour l’enseignante Evalina, le jardin de l’école est un symbole d’espoir.

« Grâce au projet de jardin, les élèves peuvent maintenant fréquenter régulièrement l’école parce que même si leur famille a un faible revenu, ils savent qu’ils auront à manger à l’école, ce qui favorise grandement l’assiduité scolaire. »

Ce projet, qui n’était au départ qu’un petit effort de la part d’un groupe d’enseignants comme Ali, de parents et d’élèves dans la campagne de Lindi, est aujourd’hui devenu un modèle de ce qui est possible lorsque les gens se réunissent.

Vues aériennes de l'école primaire de Mnacho (à gauche) et de l'école primaire de Chienjele (à droite).

Les jardins des écoles primaires de Mnacho et de Chienjele ne servent pas seulement à nourrir les élèves; ils s’attaquent en outre aux obstacles à l’éducation, améliorent la santé des jeunes et contribuent à bâtir un avenir dans lequel chaque élève peut s’épanouir.

Cette histoire fait partie du programme Fondations pour l’éducation et l’autonomisation (F4EE), soutenu par le Canada.

Crédit photo : Rich Townsend / AKFC

Credits:

Rich Townsend / Aga Khan Foundation Canada