View Screen Reader-Friendly Version

Remodeler la tradition

Rencontrez les leaders communautaires qui brisent les cycles du préjudice en Tanzanie

Dans de nombreuses communautés rurales de la Tanzanie, des normes de genre profondément ancrées continuent de limiter l’action économique et sociale des femmes.

Mais à Mtwara, dans le sud du pays, un changement est en train de se produire, un changement qui mélange la tradition avec de nouvelles connaissances et une nouvelle compréhension.

Ce sont les kungwis – des femmes qui enseignent traditionnellement des sujets liés au genre et qui guident les jeunes femmes à travers les rites de passage culturels liés au mariage, à la sexualité et à la responsabilité domestique.

Autrefois considérées comme renforçant des pratiques dépassées, les kungwis comme Saïda sont en train de remodeler leur rôle de leaders communautaires et de plaider pour l’égalité entre les genres.

« Les kungwis sont des femmes auxquelles la communauté fait confiance pour fournir une éducation, en particulier pendant le processus de l’unyago », explique Saïda.

Depuis des générations, l’unyago – un ensemble de rites d’initiation pour les filles – marque le passage de l’enfance à l’âge adulte. Mais comme le rappelle Saïda, il s’agissait souvent de pratiques dépassées, nuisibles et oppressives qui entraînaient des conséquences comme le mariage précoce et la grossesse.

« Il y avait des leçons complètement inappropriées pour leur âge. Par exemple, les enfants de moins de huit ans devaient suivre des cours sur le mariage. »

Avec le soutien de Faidika Wote Pamoja (FAWOPA), une organisation locale dont le nom signifie « bénéficier ensemble » en swahili, Saïda et d’autres kungwis ont appris à transformer l’unyago en un processus éducatif plus sûr axé sur la santé et l’autonomisation.

Le travail de l'AKF avec la FAWOPA et les Kungwi est un exemple de l'approche de conception centrée sur l'humain (HCD) de l'AKF, un processus d'apprentissage, de co-création et de partenariat. En aidant les Kungwi à identifier ses propres solutions aux problèmes rencontrés par les adolescents dans sa communauté, les solutions sont plus innovantes, pertinentes et efficaces, comme l'ajustement des enseignements pendant l'unyago au lieu de rejeter cette pratique culturellement importante. En savoir plus sur la HCD.

« Après la formation, la première étape a été d’abandonner les pratiques oppressives… Nous avons élaboré un plan pour que l’initiation commence plus tard », explique Saïda.

« Nous offrons des formations sur la puberté et les pratiques menstruelles sécuritaires, et nous expliquons les dangers de la grossesse chez les adolescentes, explique Saïda. Nous nous efforçons d’aider les enfants à grandir dans la bonne direction et à bien apprendre. »
Ulongo travaille comme kungwi à Msangamkuu – ici, elle éduque les jeunes de sa communauté.

Saïda et d’autres kungwis ont également commencé à évaluer et à surveiller les rites d’initiation, en veillant à ce que les kungwis adaptent leurs enseignements à l’âge. Elles ont également travaillé avec les parents et les tuteurs afin de les sensibiliser aux questions d’égalité entre les genres et de les encourager à s’impliquer davantage dans le bien-être de leurs enfants.

« Nous enseignons aux parents la violence sexiste, comment elle se produit et comment nous pouvons soutenir [les survivantes] », explique Salima, qui travaille comme kungwi à Msangamkuu, une petite communauté de Mtwara.

« Les parents fournissent aussi maintenant de la nourriture aux enfants dans les écoles [pour qu’ils aient des repas nutritifs]. »

Saïda et d’autres kungwis organisent des séances communautaires et des visites scolaires les fins de semaine afin de faciliter le dialogue et de sensibiliser les participantes à des sujets tels que la violence sexiste, la santé sexuelle et reproductive et l’importance de l’éducation.

Rehema, 17 ans, fait partie d’un club scolaire que les kungwis sont régulièrement invitées à animer. Lors de ces séances, Rehema a appris des sujets tels que la puberté et la santé menstruelle.

« Un jour, nous nous sommes assises ensemble afin de nous raconter des histoires, explique Rehema.

Un défi [dont nous avons parlé], un défi très important, surtout à l’école, c’est l’eau… Surtout quand une fille a ses règles, le besoin d’eau est encore plus grand. Parfois, il n’y a pas d’eau, et cela crée des conditions très difficiles. »

« Certaines filles avaient peur de demander à leurs parents d’acheter leurs serviettes », ajoute Rehema.

En tant que leader communautaire profondément enracinée dans la culture locale, Saïda reconnaît que son rôle en tant que kungwi signifie qu’elle peut être une mentore positive pour les jeunes femmes de sa communauté.

« Lorsque [les enfants et les adolescentes] savent que vous êtes une éducatrice et que vous représentez leurs intérêts, elles se sentent libres et prêtes à vous parler, dit Saïda.

Ces formations [à l’école] aident de nombreuses filles à grandir et à reconnaître, faire valoir et protéger leurs droits. »

Pour Saïda, ce travail est profondément personnel. « Quand je suis passée par l’unyago, parce qu’il y avait des traditions nuisibles et oppressives, j’ai été maltraitée. J’ai été victime de violence parce que les choses qu’on m’a enseignées ne convenaient pas à mon âge. C’est pourquoi je me bats aujourd’hui pour que [la jeune génération] ne subisse pas ce que j’ai vécu. »

Salima espère que son travail contribuera à créer un avenir meilleur pour les filles de sa communauté. « Je veux qu’elles continuent de se lever, de recevoir une éducation, d’étudier, et qu’elles ne s’arrêtent pas ici, dans le village. Je veux qu’elles atteignent les niveaux les plus élevés, qu’elles aillent au-delà du village, qu’elles gravissent les échelons scolaires, afin qu’elles puissent s’aider elles-mêmes, aider les autres filles et soutenir leurs propres enfants à l’avenir. »

Cette histoire fait partie du volet Promouvoir l’égalité entre les genres par la société civile (AGECS) du programme Fondations pour l’éducation et l’autonomisation (F4EE). L’AGECS s’associe à des organisations locales de la société civile pour éliminer les obstacles socioculturels à l’égalité entre les genres et à l’autonomisation des femmes. En savoir plus sur F4EE et AGECS.

Crédit : Rich Townsend / AKFC

Credits:

Rich Townsend / Aga Khan Foundation Canada