Le 16 avril 2026, l'Assemblée nationale française a adopté le projet de loi autorisant l'adhésion de la Martinique à la CARICOM en tant que membre associé. Le Sénat a validé le texte le 28 janvier 2026. Cette procédure parlementaire fait suite à la signature d'un accord d'adhésion à la Barbade, le 20 février 2025.
La CARICOM, qu'est-ce que c'est ?
Une organisation régionale fondée en 1973
CARICOM signifie Caribbean Community, la Communauté caribéenne. C'est une organisation régionale créée le 4 juillet 1973 par le traité de Chaguaramas, signé à Trinité-et-Tobago par les Premiers ministres de la Barbade, du Guyana, de la Jamaïque et de Trinité-et-Tobago. Elle réunit aujourd'hui 15 États membres de plein droit et 7 membres associés, soit environ 18 millions d'habitants.
Les missions de l'organisation
1. Favoriser l’intégration économique L’une des premières missions de la CARICOM est de construire un espace économique régional plus cohérent. Cette ambition passe notamment par le CARICOM Single Market and Economy, appelé CSME, c’est-à-dire le marché et l’économie uniques de la CARICOM. Ce dispositif vise à faciliter la circulation des biens, des services, des capitaux, de certaines catégories de travailleurs qualifiés et des entreprises au sein de l’espace caribéen.
2. Porter une voix commune à l’international La CARICOM joue aussi un rôle diplomatique. La coordination de la politique étrangère permet aux États membres de défendre des positions communes dans les grandes discussions internationales. Cette coordination concerne des sujets majeurs pour la région : changement climatique, sécurité alimentaire, dette, santé publique, commerce international, développement, catastrophes naturelles, migrations ou encore situation en Haïti. L’intérêt est clair : un territoire seul pèse moins qu’un groupe organisé. La CARICOM permet donc à la Caraïbe de parler avec davantage de cohérence face aux grands ensembles internationaux.
3. Renforcer la coopération sociale, éducative et culturelle
Cette mission couvre des domaines directement liés aux populations : éducation, santé, jeunesse, culture, sport, formation, inclusion sociale et développement des compétences. Cette dimension est importante, car les territoires caribéens partagent de nombreux enjeux : insertion des jeunes, accès à la formation, mobilité régionale, santé publique, transition démographique, attractivité des compétences ou valorisation des identités culturelles.
4. Organiser la sécurité et la résilience régionale
La sécurité constitue un autre pilier essentiel de la CARICOM. Dans le contexte caribéen, elle ne concerne pas uniquement les questions policières ou militaires, mais aussi la gestion des risques, la sécurité alimentaire, la cybersécurité, la santé, l’énergie et la protection des populations. Les territoires caribéens sont exposés à des risques communs : ouragans, montée des eaux, érosion côtière, tensions sur les approvisionnements, crises sanitaires ou perturbations économiques. La CARICOM permet d’aborder ces sujets à l’échelle régionale et de renforcer le partage d’informations. L’objectif est de construire des réponses collectives adaptées aux réalités caribéennes. Cette approche permet de passer d’une logique de réaction isolée à une logique de coopération organisée.
La Martinique, membre associé
Pourquoi un statut de membre associé ?
La Martinique est ancrée dans la Caraïbe par sa géographie, son histoire, sa culture et ses liens humains avec les territoires voisins, tout en relevant du cadre institutionnel français et européen. L’accord d’adhésion de la Martinique comme membre associé a été signé le 20 février 2025 à Bridgetown, à la Barbade. Le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères a ensuite indiqué que l’approbation parlementaire du 16 avril 2026 constitue une étape décisive dans ce processus. La Martinique n’intègre pas la CARICOM comme un État souverain, mais comme membre associé. Ce statut lui permet de participer aux travaux de l’organisation selon des modalités précises, sans disposer des mêmes droits qu’un État membre de plein exercice. La Martinique peut assister aux réunions de la Conférence des chefs de gouvernement et du Conseil des ministres de la Communauté, participer à certains travaux, accéder aux services du Secrétariat et contribuer à des forums de coopération technique. En revanche, sa participation demeure encadrée : absence de droit de vote, exclusion des domaines relevant de la politique étrangère et limitation des initiatives aux compétences propres de la collectivité. La Martinique agit donc comme un territoire partenaire dans un cadre institutionnel défini.
Les spécificités françaises et européennes de la Martinique
La Martinique est une collectivité française et une région ultrapériphérique de l’Union européenne. Le Parlement européen rappelle que les régions ultrapériphériques comprennent notamment la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, Mayotte, La Réunion, Saint-Martin, les Açores, Madère et les Canaries. Cette appartenance européenne influence directement sa relation avec les pays de la CARICOM. La Martinique applique le droit français et le droit européen, notamment dans les domaines sanitaires, douaniers, environnementaux, administratifs et commerciaux.
Ces normes peuvent complexifier certains échanges avec les voisins caribéens, notamment pour les produits agricoles, les circuits commerciaux, les certifications ou les procédures d’importation. Mais elles peuvent aussi devenir un levier d’expertise et de coopération. La Martinique peut ainsi jouer un rôle d’interface entre plusieurs espaces : la Caraïbe, la France et l’Union européenne. Cette position lui permet de contribuer à des projets régionaux tout en apportant une expérience liée aux politiques publiques, aux standards européens et aux coopérations institutionnelles.
Les autres membres associés de la CARICOM
Anguilla
Elle participe à la coopération régionale comme territoire associé. Sa présence permet de renforcer les échanges avec le nord de la Caraïbe, notamment autour du tourisme, des services et de la résilience territoriale.
Les Bermudes
Elles disposent d’un profil tourné vers les services financiers, le tourisme et les activités internationales. Leur présence élargit l’espace de coopération de la CARICOM vers un territoire caribéen situé dans l’Atlantique nord.
Les Îles Vierges britanniques
Elles participent à la CARICOM comme membre associé. Leur profil repose notamment sur les services, le tourisme et les échanges régionaux.
Les Îles Caïmans
Elles occupent une place reconnue dans les services financiers et le tourisme. Leur participation illustre l’ouverture de la CARICOM à des territoires spécialisés dans les services internationaux.
Îles Turks et Caïques
Elles sont également membres associés de la CARICOM. Leur présence renforce les liens institutionnels entre la Communauté caribéenne et les territoires du nord de l’espace caribéen.
Curaçao
Elle est devenu membre associé de la CARICOM en juillet 2024. La CARICOM a présenté cette adhésion comme une opportunité de valoriser ses atouts culturels, économiques et géographiques dans la coopération régionale.
Ces membres associés montrent que la CARICOM ne regroupe pas uniquement des États indépendants. Elle constitue aussi un espace de coopération ouvert à des territoires aux statuts institutionnels différents, mais concernés par des enjeux communs.
Crédits :
Créé à partir d’images de : Terver - "A lone African farmer planting seeds in the open field" • Showrov - "Martinique flag waving in the wind background illustration, silk" • luzitanija - "waving colorful flag of france." • rarrarorro - "The flag of The European Union flapping in the wind" • DD25 - "luxury and palm trees on the white sand tropical island of Anguilla" • Andrea - "Scrub Island, British Virgin Islands" • whitcomberd - "Aerial view of Grand Cayman island in the Caribbean" • Tilo Grellmann - "Willemstad die Hauptstadt von Curaçao"