Quelques définitions
Dictionnaire Le Robert, définition de poésie
1. Art du langage, visant à exprimer ou à suggérer par le rythme (vers* ou prose), l'harmonie et l'image. Le vers, la rime (➙ métrique, prosodie, versification), le rythme en poésie. Poésie lyrique, épique. Manière propre à un poète, à une école, de pratiquer cet art. La poésie symboliste. 2. Poème. Réciter une poésie. 3. Caractère de ce qui éveille l'émotion poétique. 4. Aptitude à éprouver l'émotion poétique. Il manque de poésie, il est terre à terre, prosaïque.
Opposition à la prose
Début de la scène (II-4) qui nous intéresse à 45'50"
- On définit souvent la poésie en opposition à la prose. La poésie étant alors la forme que prend le langage : vers, rimes, rythme.
- Cette opposition est réelle jusqu’au XIXe, après Baudelaire, la poésie évolue et ne peut plus être définit comme une « forme autre que la prose».
- La poésie est surtout une forme particulière de langage permettant d’exprimer différents sentiments, sensations, pensées.
- On peut donc parler de la spécificité du langage poétique : l’étude plus précise de la forme, des mots aide à la compréhension et au sens, et cela, que la poésie soit versifiée ou non :
• Observation de la mise en espace des mots • Repérage des champs lexicaux permettant de dégager le thème du poème • Analyse des effets produits par les figures de style, les jeux de rythme et de sonorités, la construction des phrases…
Mythologie et antiquité
Les Muses
Les Muses olympiennes, au nombre de neuf, sont les filles de Zeus et Mnémosyne (Titanide, déesse de la mémoire, qui aurait invité les mots et le langage) représentent les arts libéraux au centre de l'enseignement durant l'antiquité. Chacun renvoie à un art en particulier et possède des attributs qui la rendent reconnaissable. Elles accompagnent souvent Apollon, dieu des arts.
- Calliope ("qui a une belle voix"): la poésie épique. Attributs: couronne d'or, livre, rouleau, trompette, guirlandes, poème épique
- Clio ("qui est célèbre"): l'histoire. Attributs: couronne de laurier, cygne, livre qui a pour titre Thucydide, tablette et stylet, quelquefois trompette, parfois le globe terrestre, la guitare, la clepsydre et un plectre (baguette servant à gratter les cordes de la lyre; aujourd'hui lamelle utilisée pour faire vibre les cordes de certains instruments).
- Erato ("l'aimable"): poésie lyrique et érotique. Attributs: couronne de myrte et de rose, tambourin, lyre, viole, cygne, archet, tourterelle, flèches dorées ;
- Euterpe ("la toute réjouissante"): la musique. Attributs: flûte simple ou aulos, hautbois double, et un autre instrument de musique (trompette), couronne de fleurs, cygne
- Melpomène ("la chanteuse"): tragédie et chant. Attributs: cor, couronne de pampre de vigne, épée, masque tragique, sceptre à ses pieds, chaussée d'un cothurne, poignard ensanglanté
- Polymnie ("celle qui dit de nombreux hymnes"): rhétorique et éloquence. Attributs: couronne de perles, de fleurs ou de pierreries, orgue, couleur blanche, sceptre, rouleau sur lequel est écrit le mot latin suadere « persuader »
- Terpsichore ("la danseuse qui réjouit le coeur"): la danse. Attributs: couronne de guirlande, instrument de musique à cordes (viole, lyre, harpe, par exemple)
- Thalie ("la florissante, l'abondante"): la comédie. Attributs: couronne de lierre, instrument de musique (souvent viole), masque comique, rouleau, chaussée de brodequins, clairon ou porte-voix
- Uranie ("la céleste"): l'astronomie. Attributs: robe azur, compas, couronne d'étoiles, globe, instruments de mathématiques
Pouvez-vous identifier certaines des muses présentées dans ce tableau?
On notera par ailleurs la présence des muses dans de nombreuses œuvres culturelles. On le voit notamment dans le dossier d'Odysseum qui leur est dédié, en particulier dans la page consacrée à leur présence dans la poésie française.
Orphée
Considéré comme le premier poète, Orphée est un héros de la mythologie grec, fils d'Œagre, roi de Thrace, et de la muse Calliope. Il reçoit une lyre à 7 cordes d'Apollon, à laquelle il ajoute deux cordes en hommage aux muses. Il se révèle capable de charmer les animaux sauvages.
Le mythe l'implique dans plusieurs légendes:
- il a fait partie des Argonautes (aventure de Jason et le la toison d'or)
- le mythe principal de la descente aux enfers pour recherche Eurydice
- sa mort, déchiqueté par les Bacchantes. Son corps étant ensuite enterré par les muses au pied du mont Olympe quand sa lyre fut placée dans le ciel par Zeus. On dit aussi que sa tête, jetée dans l'Hèbre, un fleuve de Thrace, arriva sur les rivages de l'île de Lesbos, terre de la poésie.
Le site mediterranees.net propose un support très riche autour de la figure d'Orphée.
On associe aussi un courant philosophique et religieux à Orphée: l'orphisme, fondé sur une initiation dont la descente aux enfers est le modèle. Par ailleurs, on trouve la figure d'Orphée dans de nombreuses œuvres artistiques et culturelles. La page wikipedia en recense une bonne partie, et l'on observe que cela concerne des oeuvres classiques comme œuvres populaires plus improbables. Ainsi de la version d'Orphée proposée par Masami Kurumada dans son manga Saint Seiya et que l'on retrouve dans une forme très "lyrique" dans l'anime:
Et du côté d'adaptation plus "classiques", bien que modernes, impossible de ne pas évoquer la version cinématographique du mythe concoctée par Jean Cocteau:
Sappho
Poétesse grecque ayant vécu aux VIIe et VIe siècle avant J-C à Mytilène, sur l'île de Lesbos, Sappho constitue une figure majeure de la poésie durant l'Antiquité bien que presque rien de nous subsiste de son œuvre (quelques extraits, cités, et une ode entière seulement, l'Ode à Aphrodite). Toutefois, sa célébrité était telle qu'on trouve plus d'une centaine d'auteurs anciens qui la citent ou évoque sa vie ou son œuvre. D'ailleurs, de la même manière qu'en grec l'expression "le poète" désignait Homère, l'expression "la poétesse" désignait Sappho, aussi appelée "la dixième muse". La célébrité de Sappho se fonde à l'intersection de plusieurs caractéristiques:
- son excellence poétique tout d'abord. Elle est à l'origine de formes métriques majeures de la poésie grecque (les strophes saphiques et vers saphiques).
- son statut de femme qui l'érigea en première voix des femmes dans la littérature occidentale.
- son orientation sexuelle, exprimée ouvertement dans sa poésie, qui en fit une figure emblématique de l'homosexualité. On parle ainsi de saphisme pour l'homosexualité féminine, et même le terme de "lesbienne" vient du fait que Sappho a vécu à Lesbos (elle était appelée "la lesbienne" car originaire de l'île).
Tout ceci a pu ériger la figure de Sappho en quasi mythe, et entrainer des interprétations et versions de sa vie diverses, aussi bien durant l'Antiquité que dans les périodes ultérieures, jusqu'à très récemment. Cet article , d'une chercheuse en études hellénistiques brésilienne, présente bien l'état de la réception d'une œuvre très fragmentaire. D'ailleurs, Monnique Wittig et Sande Zeig, dans leur Brouillon pour un dictionnaire des amantes, laissent une page blanche à l'entrée dédié à Sappho.
Le poète vu par Platon
Dans La République, Platon propose une réflexion sur ce que serait une société idéale. Et, surprise, celle-ci ne doit pas laisser de place ni à la poésie, ni aux poètes. Ainsi, au Livre III, c'est la poésie qui doit être censurée au nom du fait qu'il s'agit de mensonges et que le mensonge doit être formellement interdit, notamment dans la formation des citoyens. Puis, au Livre X, Platon se livre à une critique virulente des poètes, expliquant qu'il faut les chasser de la cité idéale.
En effet, après avoir décrit des formes de déchéance de la Cité dans les deux livres précédents, Platon identifie le pète comme une des causes de la prolifération de ces déchéances. Ce qui est reproché à la poésie est d'abord d'être fondée sur l'imitation, dont le faux, puis de nourrir ce qui est irrationnel, de causer troubles et excitations, bref d'agiter tandis que ce qui doit primer dans la cité idéale s'appuie sur un caractère réfléchi et serein tout en jouant de la modération.
On peut compléter et nuancer cette présentation avec ces deux articles universitaires très intéressants, et accessibles sur ce fameux Livre X de la République:
Origine: poiesis et formes poétiques durant l'Antiquité
Poiesis et imitation
La poésie, via son étymologie, est étroitement liée à l'idée de création. Ainsi, le mot poesis en latin désigne une œuvre poétique, et vient du grec poiesis qui signifie création, fabrication, action de composer des œuvres poétiques. Ce mot fut introduit en français dans le sens précis de pièces de vers. Et la question de la définition des formes poétiques, selon divers critères, a pu animer la réflexion de philosophes de l'Antiquité comme Aristote, au début de sa Poétique.
Selon quels critères Aristote classe-t-il les formes de productions poétiques?
- Différence avec poétique et définitions de la poésie dans l’Antiquité: Aristote (lien du texte). La question de l’imitation avec un classement des formes de productions poétiques selon:
- La façon dont elles représentent leur objet (comme il est, en mieux, en pire)
- Leur moyen pour représenter cet objet (au moyen de mots, d’images…)
- De la manière dont le poète intervient (en racontant ou en laissant place à des comédiens/interprètes)
Formes poétiques durant l'Antiquité
- Trois genres selon Aristote: l'épique (Homère: L'Iliade et L'Odyssée), le lyrique (Sappho, Pindare...) et le dramatique (le théâtre)
- Des sous-genres avec une hiérarchie chez Virgile: Enéide, Géorgiques, Bucoliques.
- Des catégories qui s'affine à l'époque romaine (odes, poésie lyrique, élégiaque, satirique ou philosophique) avec divers auteurs: Horace, Tibulle, Properce, Ovide (Les Métamorphoses), Lucrèce (De la nature) ou Juvenal.
- L'inspiration: furor poeticus et enthousiasme
Du Moyen-Âge au XVIIIe siècle
Et comme ça ne va pas être très très divertissant, un kahoot pour commencer et estimer vos connaissances sur le sujet!
NB: sauf exception visible, les extraits qui seront proposés dans la suite du cours proviennent de l'Anthologie de la poésie française, tome 1 Du Moyen Âge au XVIIe siecle, édition Pléiade. Les textes sont donc présentés dans leur langue et graphie d'origine, avec traductions si besoin.
Au Moyen-Âge
- De la poésie épique avec la chanson de geste, comme la Chanson de Roland. Il s'agit de récits versifiés.
- Début de la poésie lyrique d'expression français avec la fin'amor, ou l'amour courtois, porté par les troubadours (trobairitz au féminin), comme Guillaume IX d'Aquitaine, et que l'on peut voir dans le sous-genre de la chanson de toile. Il s'agit d'un amour respectueux et véritable d'un homme envers une femme, et d'une femme envers un homme, qui vise et qui permet, si les deux partis suivent les règles du jeu, d'atteindre la joie partagée et le bonheur pur. (fin'amor, étymologiquement, le mot fin possède l'idée d'achèvement et de perfection).
- La courtoisie intègre les romans arthuriens, comme ceux de Chrétien de Troyes, et notamment Lancelot ou le Chevalier de la charrette, roman rédigé en vers octosyllabiques.
- Parmi les poète majeurs du Moyen-Âge, il faut compter Rutebeuf, aux thématiques très personnelles.
- On peut aussi penser, au XIVe siècle, à Guillaume de Machaut et son poème élégiaque Le Livre du Voir Dit (Dit de la vérité).
- Au XVe siècle: Charles d'Orléans dont l'œuvre est lyrique (chansons, ballades, complaintes, rondeaux...) et François Villon, dont l'œuvre est aussi riche que sa réputation sulfureuse! Le poète, qui intègre à la poésie le burlesque, la paillardise mais aussi l'angoisses de la mort et des réflexions sur le temps, fit de multiples séjours en prison pour divers crimes.
- Les Grands Rhétoriqueurs, dont on peut lire une ressource très intéressante sur le site de l'Académie de Versailles.
Choisir un blason parmi ceux présents dans le lien ci-dessous. Etudier sa composition et identifier les motifs qu'il développe quant à la partie du corps qu'il décrit. Quelles valeurs et intentions peut-on en extraire ?
Poésie de la Renaissance (XVIe siècle)
- L'École de Lyon, avec Maurice Scève et surtout Louise Labé. Forte influence italienne.
- Clément Marot: L'Adolescence clémentine et la vague des blasons anatomiques du corps féminin (quelques exemples ici dont ceux de Marot, et document plus complet dédié à cette mode là).
- La Pléiade (Pierre de Ronsard, Joachim du Bellay, Jean-Antoine de Baïf, Étienne Jodelle, Rémy Belleau, Jean Dorat, Jacques Peletier du Mans et Pontus de Tyard) avec notamment Ronsard et Du Bellay, à qui l'on doit Défense et illustration de la langue française. Miracle de l'inspiration du poète et lyrisme personnel et amoureux. Triomphe de la poésie lyrique.
- Une poésie plus politique: Agrippa d'Aubigné (Les Tragiques)
Choisir un blason parmi ceux présents dans le lien ci-dessous. Etudier sa composition et identifier les motifs qu'il développe quant à la partie du corps qu'il décrit. Quelles valeurs et intentions peut-on en extraire ?
À vous ! Composez, en vers ou en prose, un blason anatomique, féminin ou masculin, humain ou animal.
Au XVIIe siècle
- Le passage du baroque au classique codification de la versification par Malherbe (Odes).
- Tristan L'Hermite, dont une partie de l'œuvre touche la poésie amoureuse, élégiaque et lyrique (poésie baroque, parmi laquelle on peut aussi compter Pierre de Marbeuf ou Théophile de Viau).
- La préciosité, ou une certaine conception de la poésie galante, avec Voiture (et Malleville: les deux ont composé chacun une version du motif de La Belle Matineuse ce qui engendra alors une querelle littéraire).
- Boileau dont L'Art poétique est un résumé de la doctrine classique. Également auteur des Satires.
- La Fable (La Fontaine): quelques fables ici.
- La question du texte théâtral en vers: Corneille parle bien de "poème dramatique" dans ses Trois discours sur le poème dramatique (texte intégral ici, notice de l'Universalis là)
Les Précieuses ridicules à la Comédie Française. À 29'15" pour l'impromptu de Mascarille.
Le Misanthrope (pièce en vers). À 20'20", Oronte qui tente d'imposer son amitié à Alceste, propose de lui lire un poème de sa composition et exige du misanthrope qu'il soit honnête dans son jugement...
Après lecture des textes déployant, dans la poésie française, le topos de la belle matineuse, identifiez ce qui selon vous constitue les caractéristiques de ce motif.
(Au XVIIIe siècle)
- Rien (de bien; cf Le Mondain de Voltaire)
- Ah si: André Chénier. Dont on peut au moins lire La Jeune Captive et La Jeune Tarantine.
ACTIVITÉ : Parmi tous ces autrices et auteurs, il y en a bien un ou une susceptible de vous intéresser... Le ou la choisir et effectuer, à son sujet, le travail suivant, écrit ,et à présenter à l'oral éventuellement:
- Présenter brièvement cet auteur (vie, carrière, oeuvre)
- Identifier ce qui semblent constituer les motifs des textes lus
- Comment la poésie s'exprime-t-elle chez cet auteur selon vous (registre, formes, tonalités...)
- Quelles sont les caractéristiques de l'un et l'autre motif?
- Pourriez-vous pasticher l'une ou l'autre de ces formes?
Comment définir la poésie 1e perspective: la versification
- De nombreuses règles et une terminologie précise
- Des formes (comme le sonnet)
- Des strophes
- Le rythme: compte des syllabes, sortes de vers, accents… (ici, cas du vers libre à regarder de près)
- La rime
- De vers en vers (enjambement etc.)
- Des exemples: Du Bellay, Ronsard, Louis Labé, La Fontaine…
le XIXe siècle
Le Romantisme
- Le Romantisme émerge à la fin du XVIIIe siècle en Angleterre et en Allemagne, et s'impose en France au début du XIXe siècle, pour dominer la littérature française durant la première moitié du siècle.
- Son apogée en France est atteint aux alentours de 1830, avec des œuvres à la fois poétiques et dramatiques (sans oublier une production romanesque dite libérale comme celle de Stendhal).
- Ses poètes majeurs sont Victor Hugo, Alphonse de Lamartine, Alfred de Vigny ou encore Alfred de Musset.
- Le mouvement privilégie l’expression des sentiments personnels. Il joue du lyrisme, déploie une poésie amoureuse souvent empreinte de souffrance, aborde des sujets intimes, exprime le sentiment de mélancolie (avec le "mal du siècle"), un certain désir de solitude.
- Il se complait dans la contemplation du monde, dans une approche renouvelée du paysage, avec une fascination pour la beauté de la nature.
- Le rêve, l'étrange, le fantastique, l'imaginaire font partie de ses centres d'intérêt, de même que le thème de la mort et celui de la nostalgie.
- Il joue aussi des contrastes: le laid et le beau, le sublime et le grotesque; et privilégie des effets parfois violents (héritage du Sturm und Drang de Goethe)
- Le Romantisme va cherche ses références du côté du Moyen-Âge, du gothique et des mythologies nordiques
- Mais le poète dénonce aussi dans ses œuvres toutes formes d’oppressions et d’injustices, il cherche à éclairer le peuple sur la misère de la société.
La modernité et les poètes maudits
- La modernité en poésie est un temps et une forme de poésie dont les représentants apparaissent en France dans la deuxième moitié du XIXe siècle avec Baudelaire, Arthur Rimbaud ou Gautier qui remettent en question le romantisme et ouvrent les voies vers le Parnasse et le symbolisme.
- Héritier des romantiques, Baudelaire exprime les contradictions du monde industriel : il est alors partagé entre la recherche d’un idéal de la beauté, et la laideur et l’ennui de la réalité. (Spleen et Idéal)
- La prose devient un symbole de cette modernité et se trouve introduite en poésie. On la trouve d'abord chez Aloysius Bertrand dans les années 1830, sans reconnaissance publique, avant de s'imposer avec Baudelaire dans les années 1850.
- A sa suite, Verlaine et Rimbaud font l’expérience d’une vie de bohème. Leurs thèmes privilégiés sont alors : l’indignation devant la guerre ; l’errance du poète ; la mélancolie du souvenir ; la haine de la bourgeoisie
- Ils s’affranchissent peu à peu de la contrainte du vers et privilégient la sensation au sens.
- la modernité transforme le laid, pourtant défini comme inesthétique, en objet esthétique. Ainsi, la poésie remet en cause non pas les critères de beauté, mais le regard que l'humain porte sur le monde. Le banal est également transformé en objet esthétique, puisque la modernité prend en compte tous les éléments du réel. Tout objet, extraordinaire ou banal, devient donc objet esthétique.
- Le Parnasse peut se résumer à une seule idée : l’art pour l'art, car il promeut la beauté comme seul intérêt de la poésie. C'est Théophile Gautier qui lance le principe de l'art pour l'art en 1830 dans sa préface à Mademoiselle de Maupin, où l'on peut citer « il n'y a de vraiment beau que ce qui ne sert à rien ». C'est ensuite Leconte de Lisle qui suit les traces de Gautier en écrivant une préface à ses Poèmes antiques où il dénonce une trop grande importance du lyrisme chez les romantiques, et souhaite une régénération des formes.
Le Symbolisme
- Le symbolisme est un mouvement artistique européen qui se développe dans les années 1870 et qui atteint son apogée dans les années 1890. Il apparaît d'abord en poésie avant de gagner la peinture, la musique et le théâtre.
- Il apparait à la fin du siècle, alors que l'Europe connaît un essor scientifique et industriel important, qui entraîne un recul de la spiritualité.
- Le symbolisme est composé de tendances très diverses.
- Il déploie toutefois quelques thèmes communs comme l'attrait pour le rêve, le goût de l'ésotérisme, une forme de mélancolie, teintée de pessimisme.
- On peut évoquer le milieu décadent, avec Lautréamont et Tristan Corbières, et auquel Verlaine sera associé. S'y ajoutent Huysmans ou Barbey d'Aurevilly (pas en poésie toutefois).
- Avec Mallarmé, qui incarne finalement pleinement le courant, le symbolisme suggère plus qu’il n’exprime. Il s’agit d’observer l’opacité du monde, de découvrir les symboles qui laissent entrevoir un monde mystérieux auquel seul le poète a le pouvoir d’accéder. Voici quelques poèmes que nous allons analyser ensemble:
Choisir un poème parmi ceux du XIXe siècle et en proposer une analyse linéaire permettant d'en dégager les enjeux principaux ainsi que d'en identifier les procédés poétiques principaux.
Comment définir la poésie: 2e perspective: le lyrisme
Caractéristiques
Le lyrisme évoque la lyre, instrument à cordes associé à la poésie. Il exprime les sentiments personnels, dans un souci de musicalité. Il se caractérise notamment par :
- l’emploi de la première personne (je lyrique, et au-delà tout ce qui témoigne d’une subjectivité à l’intérieur du poème)
- les marques d’expressivité (interjections, interrogations rhétoriques, apostrophes, impératif)
- certaines figures d’insistance (anaphore, hyperbole, gradation)
Aspects connexes:
- (la question du romantisme et de son rapport à la nature): lyrisme et romantisme chez Hugo (Odysseum)
- Paysage et poésie de Michel Collot (ici et ici, entretien là)
Quelques exemples:
Le XXe siècle
Avant la 1e Guerre Mondiale
Les poètes d'avant-guerre se caractérisent pas les éléments suivants:
- Renouvellement du lyrisme.
- Participation aux avant-gardes
- Admiration pour le monde moderne et les avancées scientifiques (comme l’aviation), et leur poésie exprime alors la ville (l’urbanisation), le voyage, la guerre.
- Utilisation du vers libre.
Guillaume Apollinaire
- révolution dans les thématiques et dans la poétique, notamment avec Alcools. Il participe à de nombreuses avant-gardes (cubisme, orphisme...) et en inspirera directement d'autres (surréalisme).
- Expérimentation également dans l'appropriation de la page pour conférer une dimension visuelle au poème (Calligrammes). Par la suite, cette "poésie visuelle" inspirera le spatialisme de Pierre Garnier.
- Et dans le prolongement de Mallarmé, on trouvera la poésie graphique, ou "typoésie" selon le mot valise du poète et typographe Jérôme Peignot. (cf thèse récente sur une partie de cet aspect de la poésie)
Blaise Cendrars
- participe aux avant-gardes littéraires et artistiques.
- Convaincu de sa vocation de poète, il lie vie et création dans un geste d'embrasement. Pour Cendrars, l'acte de création artistique a lieu lorsque le poète est telle une braise, qui se consume au cours de la création, puis s'éteint pour se transformer en cendres. C'est pourquoi il choisit le pseudonyme de Blaise comme braise, et Cendrars comme cendre.
- En 1913 il publie La Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France, avec des compositions en couleur de Sonia Delaunay. Dans ce premier livre simultané, le texte et l'image sont étroitement imbriqués pour créer une émotion artistique nouvelle. Ce poème-tableau de deux mètres de hauteur, présenté sous forme de dépliant, est reconnu aujourd'hui comme une contribution majeure à l'histoire du livre d'artiste.
Le Surréalisme
Origines
- Le surréalisme est issu du mouvement dada de Tristan Tzara, de la révolte qu'il incarne à la fin de la 1e Guerre Mondiale
- Le mot de surréalisme vient d'Apollinaire, dans une tentative pour décrire le renouveau poétique - la quête d'une réalité invisible - qu'il entend déployer dans une sorte de filiation avec Rimbaud.
- Outre Apollinaire et Rimbaud, les influences premières des premiers temps du surréalisme sont à la fois Marx - dans la volonté de transformer le monde - et Freud - pour l'intérêt porté aux rêves et à l'inconscient.
- Après dada, les quatre membres "d'origine" du mouvement surréaliste - André Breton, Louis Aragon, Philippe Soupault (ces trois-là se sont rencontrés en 1917 sous les drapeaux) et Paul Éluard et proposent des premières œuvres poétiques qui concrétisent leurs idées, comme Les Champs magnétiques (Soupault et Breton, 1920) qui constituent la première œuvre en écriture automatique.
- Le mouvement est officiellement lancé en 1924 avec le premier Manifeste du surréalisme. On peut y lire, sous la plume de Breton:
« Surréalisme, n. m. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale. ».
Principes et formes
- Un champ de création ouvert : le surréalisme investit l’ensemble des procédés de création et d’expression (peinture, dessin, musique, photographie, cinéma, poésie, contes…)
- Un véritable groupe : conséquence de cela, le surréalisme se caractérise par sa transdisciplinarité (poésie, peinture, objet, collage, cinéma, costume…) et l'importante collaboration entre ses membres.
- La psyché au cœur du processus : le surréalisme utilise toutes les forces psychiques (automatisme, rêve, inconscient) libérées du contrôle de la raison et en lutte contre les valeurs reçues.
- Le jeu avec le langage : les poètes surréalistes jouent avec le langage. Ils ouvrent la poésie au monde du rêve et du hasard.
- Un positionnement social libre et provocateur : dans la lignée de dada, les surréalistes font scandale. La revue La Révolution surréalistese désignera elle-même comme « la revue la plus scandaleuse du monde ». Et on peut aussi mentionner, dès 1924, Un cadavre, tract surréaliste et véritable pamphlet édité en réaction à la mort d'Anatole France, et dont les mots sont virulents - Aragon rêve ainsi de pouvoir gifler un mort.
La poésie engagée
- La seconde guerre mondiale pousse certains poètes à mettre leur art au service de la résistance
- C’est le cas pour : Eluard, Aragon, Char,…
- La poésie est alors un moyen de garder espoir,
- Mais aussi de combattre et d’éveiller les esprits.
La poésie du quotidien
- En marge du surréalisme, certains poètes expriment leur attachement à la culture populaire.
- C’est le cas de Ponge et Prévert.
- Ils se libèrent des contraintes formelles et stylistiques.
- Ils utilisent un langage parfois argotique, humoristique.
- Leurs thèmes privilégiés sont :
- La critique sociale - La tendresse pour les déshérités, pour l’enfant rebelle, les clochards, les amoureux, la mère… - Les objets et les rituels du quotidien
Seconde moitié du XXe siècle
Comme définir la poésie: 3e perspective: l’axe paradigmatique du langage
- On parle en linguistique de deux axes du langage: l’axe syntagmatique, ou axe horizontal, et l’axe paradigmatique, ou axe vertical
- L’axe syntagmatique est linéaire, dans le temps (un mot après un autre quand on parle) ou dans l’espace (sur la page). Ce sont les mots les uns après les autres
- L’axe paradigmatique, ce sont les mots à la place les uns des autres. Cela nous renvoie aux choix que nous effectuons en termes de lexique.
- La poésie travaille principalement sur l’axe paradigmatique (quand le récit semble lui plutôt travailler sur l’axe syntagmatique).
On peut ajouter à ces deux dimensions une troisième, l'ace sémiotique, sur laquelle revient l'article de Sylvain Kahane, Les trois dimensions d’une modélisation formelle de la langue : syntagmatique, paradigmatique et sémiotique. Il propose d'ailleurs de repartir des théories de Saussure et de Benveniste.
Sylvain Kahane. "Les trois dimensions d’une modélisation formelle de la langue : syntagmatique, paradigmatique et sémiotique". Revue TAL : traitement automatique des langues, 2015, 56 (1), pp.39-63.
Formes en poésie
La poésie s'exprimant à travers une dimension formelle manifeste, elle a adopté diverses formes identifiables au cours de son histoire. En voici quelques-unes (éléments empruntés à diverses sources pédagogiques institutionnelles)
Les poèmes à formes fixes
Ils répondent à des structures particulières de composition poétique : mise en page, organisation en vers (« lignes ») et strophes (« paragraphes »), rimes, sonorités, abondance de figures de style… Ils respectent des règles précises qui définissent alors la forme du poème. Il en existe plusieurs :
- Le sonnet : la plus célèbre des formes fixes en poésie. Créé à la Renaissance, en Italie, le sonnet est popularisé en France par les poètes de la Pléiade. Il se compose de 2 quatrains (strophes de 4 vers), dont les rimes sont embrassées, suivis de 2 tercets (strophes de 3 vers). Chaque vers est un alexandrin (12 syllabes). Le vers final est la chute. Le sonnet comprend des rimes féminines et masculines.
- Le rondeau : née au Moyen Âge, cette forme est abandonnée par les les poètes de la Pléiade. Le rondeau se compose de 13 vers, 3 strophes, un refrain et 2 rimes différentes. Le rondeau évoque souvent les thèmes de l'amour et du quotidien.
- La ballade : née au Moyen Âge, cette forme est abandonnée par les les poètes de la Pléiade, mais réutilisée au XIXe siècle par les romantiques. La ballade comprend 3 strophes (8 ou 10 vers) ponctuées d'un refrain. La ballade se termine par un envoi (une dernière strophe plus courte). Les thèmes abordés sont l'amour mais aussi l'angoisse de l'existence.
- L'ode : forme poétique de la poésie lyrique. L'ode comprend 3 strophes généralement de même longueur. Elle célèbre l'amour, la mort, la nature en mettant l'accent sur l'expression des sentiments et des émotions.
- Le pantoum : il est composé de quatrains à rimes croisées avec un vers qui revient dans chaque strophe (Harmonie du soir de Baudelaire).
- Le haïku : forme poétique japonaise brève. Il comprend 17 syllabes et 3 vers - généralement une seule phrase séparée en 3 (5 syllabes sur la première ligne, 7 sur la deuxième et 5 sur la dernière ligne). Il va à l’essentiel et vise à exprimer la beauté de l’instant. Il est donc souvent question de la nature et du passage des saisons.
- L'acrostiche : forme poétique dont les premières lettres de chaque vers forment un mot lorsqu’on les lit à la verticale. Ce mot peut être le sujet du poème, le nom de l’auteur ou encore de la personne à laquelle il s'adresse.
Les poèmes à formes libres
La poésie en prose : née au début du XIXe siècle, cette forme poétique ne contient ni vers, ni rimes, ni strophes. Il s'agit d'un texte particulier qui emploie un langage poétique et musical grâce à des rythmes et des images.
- La fable : forme de poème de longueur variable qui livre une morale à une histoire. La fable met souvent en scène des animaux.
- Le blason : né au XVIe siècle, le blason fait l'éloge d'une partie du corps humain, le plus souvent féminin. Le contre-blason fait, lui, la satire d'une partie du corps.
- L'hymne : ce poème chanté apparaît à l'Antiquité, pour célébrer un personnage illustre, un dieu, la nature.
- L'élégie : petit poème chanté de l'Antiquité destiné à honorer une personne disparue.
- Le poème en prose
- Le calligramme : poème dont la disposition des vers forme un dessin. Une forme particulièrement appréciée des poètes surréalistes
Des formes libres contemporaines
- La poésie engagée : à dimension sociale, sociétale et politique. Elle croise les luttes et la visée thérapeutique.
- Instapoésie : Il s’agit souvent de poésies très courtes, agrémentées parfois d’illustrations, et publiées sur les réseaux sociaux, notamment Instagram.
- La black out poetry : La black out poetry, aussi appelée en français « poésie caviardée » ou simplement « caviardage », consiste à créer un nouveau texte en noircissant des mots dans une page imprimée. Cette pratique, héritière du collage dadaïste, réinvente la lecture et la création à partir de supports existants. Elle mélange poésie et arts plastiques.
- La poésie performée : slam ou spoken word, à mi-chemin de la poésie, des arts de la scène et de la chanson.
- Le roman en vers : des romans en vers libres, aussi bien du côté du rayon jeunesse (Songe à la douceur de Clémentine Beauvais) ou du côté adulte (Charlotte de David Foenkinos).
Les marges formelles
Poésie et espace de la page
Travail sur sa forme et notamment sa spatialité:
- Calligrammes d’Apollinaire
- Coup de dé de Mallarmé
- Stèles de Segalen
- Les ardoises du toit de Reverdy
- Poésie de Transibérien de Cendras (et Delaunay)
- Henri Michaux et Christian Dautremont
- Cent mille milliards de poèmes de Queneau
La poésie numérique
Le récit poétique ou la poésie hors poésie ?
Récit possédant des traits qualifiés de poétique, par opposition à ce qui serait strictement narratif : récit qui emprunte au poème moyens et effets. On observe plus particulièrement les éléments suivants:
- Personnage
- Espace
- Temps
- Structure
- Mythe
- Style
Exemple: Julien Gracq, Le Rivage des Syrtes, les Ruines de Sagra