La maison, lieu d'hospitalité ou espace hostile ? Hospes / Hostis

En français, les termes "hôte", "hospitalité" et "hostilité" se trouvent étymologiquement liés. Le lien plus bas, du site Odysseum, d'Eduscol, présente un article de Julie Gallego, universitaire, qui détaille les sens et valeurs de deux termes latins qui fonctionnent presque comme des doublets: hostis d'une part, hospes d'autre part, tous deux renvoyant au départ à l'étranger, perçu et surtout accueilli de différentes manières.

Proposez un résumé global de cet article. Au final, comment comprenez-vous la dualité entre hostis et hospes ?
Selon vous, de quelle manière ces définitions engagent-elles la réflexion autour de la maison ?

Mais la base de cette relation à l'étranger demeure la maison, lieu où se noue le contact avec l'autre. Dès lors, la maison se révèle-t-elle lieu d'hospitalité où s'établissent des rapports bienveillants ou bien espace hostile où se cristallisent conflits et affrontements ? Avant d'entrer dans le détail du développement, un détour par la célèbre saga littéraire et cinématographique Harry Potter nous fournira quelques exemples pour amorcer notre réflexion.

Préambule: la maison dans Harry Potter, ambivalence entre refuge et menace

Plusieurs maisons jalonnent la saga Harry Potter. Et chacune revêt des significations et valeurs diverses qui peuvent nous éclairer sur le sujet que nous allons traiter.

4 Privet Drive: la maison des dursley

La maison des Dursley, l'oncle et la tante de Harry, constitue le lieu où nous découvrons Harry Potter. Un lieu marqué par le conformisme et les contraintes: Harry y expérimente l'enfermement (dans le placard sous l'escalier), les privations et les brimades. Jamais le héros n'associe ce lieu à son foyer, c'est-à-dire à un espace de sécurité et de confort. C'est un lieu dont il devra plusieurs fois s'échapper ou que la magie cherchera à pénétrer pour le trouver malgré les résistances de l'oncle Vernon et de la tante Pétunia: issues murées pour empêcher les lettres de lui parvenir, barreaux à sa fenêtre, etc.

2. Le "Terrier" des Weasley

À l'inverse, le "Terrier", la maison des Weasley, apparait immédiatement à Harry comme un lieu réconfortant et protecteur. L'accueil que lui réserve la vaste famille Weasley en est une des causes principales, avec le merveilleux véhiculé par une magie ancrée dans le quotidien et animant les meubles de la maison (vaisselle, horloge, etc.).

3. Le foyer Potter : un sanctuaire brisé

Harry Potter est orphelin : ce statut le caractérise d'emblée dans le récit. Envers du foyer des Dursley, Harry et le lecteur ne peuvent que longtemps fantasmer ce foyer disparu, marqué par la mort des parents. Car les parents de Harry, Lily et James, furent tués par Lord Voldemort, antagoniste principal de la saga. Le 3e tome, Le Prisonnier d'Azkaban, lève le voile sur les circonstances exactes de ce décès.

La famille se savait menacée et poursuivie par Voldemort. Un sortilège devait isoler complètement leur foyer de l'extérieur et les protéger de ce danger: le sortilège de Fidelitas. Par ce sortilège, seul un ami fidèle, "gardien du secret", pouvait approcher du lieu choisi et y amener d'autres personnes, faisant normalement de ce lieu un sanctuaire inviolable. Malheureusement, le gardien choisi trahit la confiance des Potter en guidant Voldemort jusque chez eux.

4. Poudlard, sanctuaire et foyer

Enfin, difficile de ne pas évoquer Poudlard, l'école de magie, comme ultime maison marquante de la saga Harry Potter. Château aux nombreux passages secrets, Poudlard devient pour Harry Potter une seconde maison et ainsi même son véritable foyer. Il y passera l'ensemble de l'année, y compris les fêtes de Noël, année après année, jusqu'à sa dernière année de scolarité, éloignée de Poudlard et caractérisée justement par le nomadisme, la fuite et l'absence de refuge. Poudlard constitue un sanctuaire tant que son directeur, Dumbledore, veille sur les lieux. Mais sa disparition laisse l'école sans protection.

La maison "hospes", symbole d'hospitalité, sera envisagée selon deux perspectives inverses l'une de l'autre: tout d'abord la maison comme lieu pour les autres, puis la maison en tant que lieu pour soi.

IA - Un lieu pour les autres

Comme lieu pour les autres, la maison s'envisage d'abord sous l'angle de l'hospitalité accordée à l'étranger, puis sous la forme d'un lieu de réception avant d'être questionnée comme endroit où l'on se retire pour protéger les autres.

IA1 - L'hospitalité accordée à l'étranger

Accueillir l'autre chez soi, c'est faire preuve d'hospitalité. Il s'agit d'un geste universel et universellement valorisé. Si la méfiance existe bien entendu, le réflexe d'accueillir l'étranger qui demande un refuge semble également assez naturel, et pas seulement dans des sociétés anciennes ou traditionnelles. De nombreux programmes télévisés en ont fait l'illustration ces dernières années, qu'il s'agisse de la téléréalité Pekin Express dans laquelle les candidats doivent se loger chez l'habitant au fil de leur périple, de la série documentaire J'irai dormir chez vous où Antoine de Maximy cherche à visiter des pays étranger en se faisant inviter par les personnes rencontrées, ou encore de Nus et culottés, émission dans laquelle deux amis partent nus sur les routes de France et obtiennent, par le biais de rencontres, gite, couverts... et vêtements!

J'irai dormir chez vous

J'irai dormir chez vous est une série documentaire débutée en 2005 et dont le dernier épisode à été diffusé en octobre 2021. Elle compte au total 62 épisodes réguliers de 52 minutes, plusieurs longs formats et quelques émissions spéciales.

Le programme repose sur Antoine de Maximy et un concept simple : ce dernier débarque dans un pays avec un sac et trois caméras discrètes et il tente de s'inviter chez les gens pour découvrir le mode de vie des locaux, loin de toute démarche touristique classique. De cette manière, il circule dans différentes régions du pays et l'épisode constitue un montage des étapes et des rencontres.

Le point fort, et souvent critique, en termes de dramaturgie du programme, réside dans la capacité d'Antoine de Maximy à trouver un hébergement. C'est-à-dire à trouver un hôte susceptible de lui offrir l'hospitalité pour la nuit. Outre l'occasion de découvrir les intérieurs des habitants, il s'agit surtout de rencontrer ceux qui y logent. L'intimité se dévoile alors doublement: physiquement dans les espaces présentés et psychologiquement à travers les échanges menés.

Pour autant l'hospitalité ne va pas de soi et implique des règles. C'est ce nous explique le philosophe Jacques Derrida dans De l'hospitalité (pdf ici):

Questions sur le texte de Derrida:
  1. En quoi craint-on que l'étranger qu'on accueille se transforme selon Jacques Derrida ?
  2. Par conséquent, que fait-on, de manière presque inverse, lorsqu'on fait preuve d'hospitalité selon Jacques Derrida ?
  3. À quoi cela est-il dû selon le philosophe ?
  4. Expliquez la polysémie du mot "hôte" en français
  5. Qu'est-ce qui distingue le parasite de l'hôte qu'on accueille ?
  6. Comment l'hospitalité participe-t-elle à la définition du chez-soi ?

Comme on le comprend à la lecture de cet extrait, la question de l'hospitalité possède une dimension éminemment politique. Et dans ce cadre la maison peut devenir métaphore du pays, le seuil celle de la frontière. D'ailleurs, C'est ce que Derrida développement dans un prise de parole publique célèbre de 1997 au sujet d'une loi criminalisant l'hospitalité offerte à l'étranger.

IA2 - La maison comme lieu de réception

La maison peut aussi se présenter comme un lieu de réception. L'hospitalité ne concerne plus alors uniquement l'individu mais un groupe de personnes et en général la réception implique une durée limitée à ce temps durant lequel la maison devient lieu d'accueil. On peut évidemment penser aux soirées entre amis, aux réunions familiales ou encore aux réceptions mondaines organisées dans des lieux de pouvoir, qu'ils soient privés ou publics.

Un exemple que l'on pourrait prendre de ces réceptions serait celui des salons littéraires qui, en France, connurent leur heure de gloire entre les XVIIe et XIXe siècle. Vous trouverez dans le lien suivant un historique de ces salons:

Lisez la page en lien et relevez deux exemples précis de salons littéraires français dont vous donnerez l'hôte ou l'hôtesse, les membres éminents ainsi que le lieu et l'époque où il s'est tenu.
Une soirée chez Madame Geoffrin par Gabriel Lemonnier (1812).
Les Vestiges du jour de Kazuo Ishiguro (1989)

Les Vestiges du jour (The Remains of the Day en version originale) est un roman de l'écrivain britannique d'origine japonaise Kazuo Ishiguro paru en 1989.

Le roman est raconté du point de vue de James Stevens, un vieux majordome ayant toute sa vie servi au sein d'une très grande famille de la noblesse anglaise à Darlington Hall. Passé sous les ordres d'un riche américain ayant racheté le domaine, Stevens se voit accorder quelques jours de congé. Il entreprend de rendre visite à Miss Kenton, gouvernante à Darlington Hall du temps de la splendeur du domaine, avant la Seconde Guerre mondiale. Ce voyage est l'occasion pour le majordome de se remémorer les grands moments de cette période de faste, les intrigues politiques qui s'y sont nouées et de mesurer les sacrifices qu'il fit en se dévouant totalement à sa fonction et à son maître au détriment de sa propre vie et de la relation qui aurait pu se nouer avec Miss Kenton.

Succès critique, le roman a été adapté au cinéma en 1993 par James Ivory avec Anthony Hopkins et Emma Thompson dans les rôles principaux. En voici la bande annonce :

Les Vestiges du jour offre de nombreuses scènes de réception, en petit ou en grand comité. Ces scènes illustrent les modalités de l'hospitalité dans l'univers de l'aristocratie anglaise et le rôle crucial qu'y jouent les domestiques : cuisiniers, caméristes, majordomes, gouvernantes, etc. Le point de vue de James Stevens, qui fait de la dignité dans le service la pierre angulaire de sa fonction et de son identité, semble toujours valoriser ces moments d'hospitalité où le faste le dispute à la splendeur. Mais au fil du roman, une forme de vanité se dégage, presque malgré le narrateur, de ces scènes pour laisser le sentiment, au lecteur, d'un monde non plus idéal mais bien déchu et obsolète.

Cette impression est renforcée, ou justifiée, par les errements politiques de Lord Darlington entre les deux guerres : nous comprenons petit à petit que l'influence politique qu'a tenté d'avoir le maître de Steven durant cette période l'a amené à de très mauvaises décisions et à supporter de réelles menaces pour son pays. C'est ainsi qu'il est finalement apparu comme un agent de la cause nazie, recevant chez lui des officiels allemands ou renvoyant deux servantes parce que juives.

La scène suivante condense bien cette tension entre hospitalité fastueuse et vanité des prétentions politiques qui y sont liées. Elle met en scène un diplomate américain qui dénonce les tentatives de la part des aristocrates britanniques pour influer sur les affaires du monde à un moment où l'Europe est menacée par des crises géopolitiques extrêmement complexes.

On le voit aussi à travers les quelques exemples étudiés jusque-là: l'hospitalité est affaire de codes et de normes, et témoigne d'habitudes, de coutumes, qui varient selon les lieux, les époques et les cultures. Avec, toutefois, certaines constantes, comme par exemple, et de manière emblématique, le rituel du repas partagé comme symbole de l'hospitalité et marqueur de l'accueil de l'autre (avec le fait d'offrir la nuit, et donc l'abri face au froid et au danger: le gite et le couvert en somme).

Pour autant, même cela pourrait être ramené du côté des normes arbitraires, ainsi que nous le rappelle le cinéaste surréaliste Luis Buñuel dans son film de 1974 Le Fantôme de la liberté. Dans la séquence qui suit, un professeur, donnant un cours à des gendarmes sur les normes et les mœurs, raconte une soirée chez des amis qui:

Que nous invite à repenser une telle scène ?
Quels sont les éléments qui construisent l'inversion à laquelle nous assistons?
Quels autres renversements de normes sociales, domestiques, pouvez-vous imaginer, sur le modèle du renversement proposé dans cette scène?

IA3. Un paradoxe : protéger les autres en restant chez soi ?

Un paradoxe étonnant concernant la maison et l'hospitalité pourrait être celui de rester chez soi pour protéger autrui. C'est ce qui ressort de la période de confinement liée à l'épidémie de COVID-19 où le mot d'ordre fut de demeurer à la maison afin de ralentir la propagation du virus. Cette affiche de Mathieu Persan réalisée à cette occasion, et qui connut un grand succès sur les réseaux sociaux, en témoigne bien:

Analyse de l'image :
  1. Analysez la structure de l'image : décrivez-en les différents éléments.
  2. Quelle est la tournure verbale employée dans le texte et quel sens lui donnez-vous ?
  3. Que pouvez-vous dire sur toutes les activités proposées ici ?
  4. Quel est le but visé et à votre avis quel est l'impact d'une telle affiche ? Vous analyserez le slogan en rédigeant votre réponse.

Cette vision des choses peut toutefois rapidement associer la maison à une prison. On trouve de nombreux exemples de cela, à commencer par Harry Potter encore une fois, avec la cabane hurlante et le loup garou qui s'y réfugie chaque mois, ou encore avec la captivité de Barry Croupton dans le tome 4. On peut aussi penser à la dimension sacrificielle le l'acte consistant à s'enfermer chez soi pour sauver autrui. La série Lost, avec la station du Cygne munie d'un compte-à-rebours, en fournit un exemple éloquent et pervers à la fois.

Lost - la trappe: Station du Cygne

Lost est une série américaine comprenant 121 épisodes répartis en six saisons, diffusée entre 2004 et 2010. Elle raconte la survie d'un groupe de passagers suite au crash de leur avion sur une île mystérieuse où les événements les plus étranges se multiplient sans que des secours ne parviennent à les retrouver.

Au cours de leur exploration de l'île, vers la fin de la première saison, les héros découvrent une trappe, scellée, dont ils ne parviennent à forcer l'ouverture malgré diverses tentatives. Ils emploieront alors les grands moyens, utilisant de la dynamite (fin de la saison 1). La scène suivante montre l'ouverture de la trappe entreprise par Locke, Jack, Kate et Hurley.

Lorsque celle-ci s'ouvre enfin, les survivants mettent au jour tout un complexe construit à la manière d'un bunker (début de la saison 2). Ils découvriront alors le mot "quarantaine" inscrit sur l'intérieur de la trappe.

À l'intérieur, un homme les "accueille", Desmond, qui prétend devoir remplir une mission essentielle pour la sûreté du monde en restant enfermé dans ce lieu. On voit dans cette séquence qui ouvre la saison 2 le quotidien de Desmond puis sa réaction au moment où les héros font sauter la trappe

Desmond vit depuis des années au sein du bunker, en fait une station de recherche sur les forces électromagnétiques baptisée le Cygne. Il est tenu de rester à l'intérieur de la station car il doit saisir à intervalles réguliers une série de nombres sur un système de contrôle afin d'éviter une surchauffe qui risquerait d'avoir des conséquences catastrophiques pour la planète. La station avait été prévue pour que deux techniciens y séjournent 540 jours avant d'être remplacés mais Desmond y survit seul depuis bien trop longtemps, son fardeau sur les épaules. Un fardeau qu'endosseront à leur tour certains survivants qui viendront, par conséquent, s'installer dans le bunker et entrer les nombres sur la console. Mais il s'agit bien là d'une aliénation dont les volontaires sentent rapidement le caractère presque carcéral.

Des jours et des jours barrés par Desmond sur les parois du bunker

Toutefois, certains douteront de la réalité de la mission, suspectant tout cela de n'être qu'une expérience de psychologie n'ayant jamais été conclue. Des doutes qui conduiront à tester le fait de ne pas rentrer les nombres avant l'échéance fatidique.

IB - Un lieu pour soi

La maison s'offre comme un havre également pour soi et les siens. D'abord par le confort qu'elle offre, puis par la protection qu'elle procure face à l'extérieur, en tant que refuge ou sanctuaire également, et enfin comme cachette.

IB1 - Le confort du cocon

Notre relation à notre foyer relève d'une certain façon du cocon. Il s'agit de faire de notre espace privé, intime, un espace caractérisé par le confort. En témoigne par exemple la tendance au "cocooning", qui désigne l’attitude consistant à se trouver si bien chez soi qu’on n’est guère poussé à en sortir excepté pour les nécessités vitales. Une idée est assez proche de ce que l’on nomme en français plus classique un comportement « casanier » (de casa, « maison »). En témoignent encore l'importance prise dans notre société de consommation par les enseignes d'ameublement intérieur (Ikea, Habitat...), ou par le succès des programmes télévisés dédiés à la décoration ou au "home staging" (processus de valorisation immobilière passant par une forme de mise en scène de la maison via sa décoration intérieure).

Effectuez une recherche autour des programmes télévisés consacrés à la décoration et au home staging afin d'en proposer un paragraphe en vue d'une utilisation en écriture personnelle traitant de l'intérieur comme "cocon".

C'est que nous recherchons un lieu douillet et apaisant pour nous accueillir lorsque nous revenons de l'extérieur, du travail ou des activités que nous devons y mener. C'est bien l'idée de foyer, au sens premier, de l'âtre qui réchauffe et réconforte, que nous retrouvons ici, et condensée dans l'expression iconique américaine "home sweet home". Concentration de ce foyer protecteur et confortable, le nid des marsupilamis, animal imaginé par Franquin, offre ainsi une illustration idéale de cette vision particulièrement confortable du foyer. La série de planches ci-dessous, issues de l'album Le Nid des Marsupilamis, témoigne des caractéristiques de ce nid idéal à tout point de vue.

Si le cocon combine les idées de confort et de protection, en quoi le nid des marsupilamis incarne-t-il un idéal de ce point de vue ? (vous analyserez la structure, le contenu et les astuces du nid).

Gaston Bachelard ne dit pas autre chose dans La Poétique de l'espace (pdf de l'extrait) :

Questions sur le texte de Gaston Bachelard:
  1. Quel est selon Bachelard le bienfait le plus précieux de la maison et quels verbes emploie-t-il pour décrire cela ?
  2. À quelle activité humaine Bachelard associe-t-il la maison de manière privilégiée ?
  3. Qu'apporte la maison à l'homme par rapport au reste de son existence selon Bachelard ?
  4. Quelle image utilise Bachelard pour évoquer la maison au sein de nos rêveries ?
  5. Comment comprenez-vous la dernière phrase du texte: "La vie commence bien, elle commence enfermée, protégée, toute tiède dans le giron de la maison" ?

On peut également penser, dans cette optique particulière, au jeu de l'enfance consistant à élaborer un "fort de couvertures" pour construire un lieu doux et sécurisé. Un jeu que l'on retrouve de manière hyperbolique dans la série américaine Community.

"Community" et le fort de couvertures

Qu'est-ce que Community ?

Community est une série américaine créée par Dan Harmon en 2009. Il s'agit d'une sitcom d'épisodes d'une vingtaine de minutes. Elle comprend 6 saisons, pour 110 épisodes au total, mais sa production et sa diffusion ont été chaotiques à partir de la 4e saison. Le showrunner fut mis de côté durant celle-ci, pour revenir aux commandes pour les 5e et 6e saison. Toutefois, entretemps, plusieurs comédiens principaux quittèrent la série, ce qui modifia la logique interne de celle-ci. Par ailleurs, le réseau de diffusion changea (de NBC à Yahoo pour la dernière saison) ainsi que le nombre d'épisodes par saison (de plus de 20 à une douzaine).

Globalement, la série est reconnue comme l'une des grandes comédies des années 2000-2010, dans la lignée des Friends, How I Met Your Mother ou encore Big Bang Theory. Mais ses errements de productions la rendent inégale selon les saisons. La première, honnête, s'avère surtout prometteuse pour la suite. La série culmine alors avec ses deuxième et troisième saisons, remarquables. La quatrième marque une sérieux coup d'arrêt et une chute brutale de la qualité d'écriture du show. Les cinquième et sixième saisons tentent de repartir sur de nouvelles bases pour étendre l'univers et boucler ce qui peut l'être de manière souvent fine et intelligente mais sans la puissance du début.

La série est réputée notamment pour son travail autour de la pop culture et pour ses références multiples, le plus souvent portées par Abed, qui façonnent non seulement les intrigues des épisodes mais aussi leur facture même. Ainsi, la série connaîtra plusieurs épisodes en animation, selon différents procédés (pâte à modeler ou pixels par exemple). Mais on peut penser également à des reprises de nombreux films ou genres cinématographiques (comme les westerns) ou de certaines séries télé (comme CIS). Le jeu "méta" assumé dépasse le cadre du pastiche ou de la parodie pour offrir une vraie réflexion sur ce qui constitue au fond un ferment commun en tant que patrimoine culturel largement partagé ou à partager.

L'intrigue de la série se situe dans un "Community College", c'est-à-dire une université publique, ayant donc une faible réputation, où seuls les étudiants sans réels moyens échouent. Il s'agit d'un campus fictif, "Greendale", Colorado, calqué sur le campus où Dan Harmon fit ses études, Glendale, en Californie, en participant lui-même à un "study group", groupe de révision qu'il intégra pour se rapprocher d'une de ses camarades. Une expérience personnelle qui sert de point de départ à la série.

La série débute par l'arrivée de Jeff, ancien avocat brillant, contraint de passer un diplôme qu'il n'a pas et dont il avait produit un faux au début de sa carrière. Sa supercherie découverte, il s'engage dans un cursus en 4 ans devant lui permettre d'obtenir le titre nécessaire à sa reprise d'activité. Attiré par Britta, il monte un groupe de révision afin de se rapprocher de la jeune femme. Le "study group" est né, réunissant sept personnages hauts en couleurs.

Épisode S02E09 : Théories du complot

L'épisode 9 de la deuxième saison de la série introduit le motif du "fort de couvertures" (the blanket fort en VO). Le titre original de cet épisode - Conspiracy Theories and Interior Design - renvoie aux deux intrigues qui se déploient en parallèle avant de se croiser, la deuxième étant celle qui nous intéresse. Tandis que Jeff et Annie mènent une enquête au sujet de mystérieux cours du soir totalement fictifs (c'est le versant "Conspiracy Theories"), Troy et Abed décident de créer un fort de couvertures qui gagne peu à peu l'ensemble de la communauté, à la fois étudiante et enseignante (et c'est le versant "Interior Design").

Le point de départ

1. en quoi cette situation illustre-t-elle l'idée d'un intérieur ayant le confort d'un cocon ?

L'extension

2. Quels éléments nous renvoient, dans ces deux séquences, à l'univers de la maison ?

De nouvelles proportions

Jeff et Annie poursuivent leur enquête et identifient un suspect qu'il vont tenter d'appréhender un soir alors que le fort a pris des dimensions formidables.

3. En quoi se transforme la maison en fin de compte ? Qu'observe-t-on à travers tous ces espaces traversés ?

La fin du fort

4. Comment peut-on relier cette dernière séquence aux enjeux de notre thème "Dans ma maison" ?

I.B.2. Se protéger de l'extérieur

Une autre façon d'envisager la maison comme lieu pour soi est d'en faire un instrument pour se protéger de l'extérieur. Cette fonction se décline selon diverses modalités. La première réside bien évidemment dans la protection contre des attaques ou intrusion. Le château-fort médiéval ou encore la forteresse en constituent des exemples évidents et l'on pourrait trouver des nombreuses illustrations aussi bien réelles (ce lien en propose plusieurs en France) que fictives (il suffit de penser aux forteresses du Seigneur des Anneaux de Tolkien ou encore aux différents châteaux décrits dans la saga du Trône de fer de R.R. Martin).

Choisissez un château réel ou fictif et décrivez-le en montrant comment il se présente comme une protection contre l'extérieur.

Le prolongement naturel de cela s'incarne à travers les différents dispositifs censés assurer la sécurité de la maison : alarme, vidéo-surveillance, systèmes de sécurité, compagnies proposant des services de gardiennage, etc. De manière hyperbolique, on peut penser aux bunkers survivalistes, que l'on voit poindre aux États-Unis (et ailleurs dans le monde), censés protéger à la fois des attaques militaires et des catastrophes naturelles, et qui constituent à ce titre des sortes d'avatars contemporains et individuels des châteaux forts d'antan. De nombreux films déploient ce motif, comme 10 Cloverfield Lane qui joue en outre de l'ambiguïté de la séquestration.

Dans Espèces d'Espaces, Georges Perec montre bien la manière dont la maison permet d'ériger une véritable barricade face à l'extérieur, en lui conférant en plus, à la fin du texte suivant, une dimension sociale (pdf de l'extrait ici).

Questions sur le texte de Georges Perec:
  1. Quelle fonction Perec attribue-t-il aux portes ?
  2. Quelle est la particularité de la maison de Frank Lloyd Wright que Perec visite et comment retranscrit-il cette particularité ?
  3. Comment comprenez-vous la chute de cette anecdote ? Qu'a voulu, à votre avis, signifier Perec ?

La maison décrite par Perec correspond à une série de maisons dites "usoniennes", typique des États-Unis dans l'esprit de l'architecte Frank Lloyd Wright. Elles se trouvent en péripérie de Lansing, à Okemos, et parmi elles, il y a la Donald Schaberg House qui possède une piscine, ou la Goetsch-Winckler Home qui correspond davantage à la description de Perec.

Donald Schaberg House
Affiche du film Planète interdite

Parallèlement au risque d'intrusion ou d'attaque, la maison doit également offrir une protection contre les aléas de l'environnement. On pense ainsi souvent que les hommes préhistoriques vivaient dans des cavernes, occupation des lieux dont témoignerait notamment l'art pariétal (sur les parois des cavernes), comme à Lascaux. Mais les interprétations sur l'investissement de ce lieu en feraient davantage un sanctuaire qu'un lieu d'habitation. D'ailleurs, si l'entrée des cavernes pouvait servir d'abri ponctuel, notamment face aux intempéries, nos lointains ancêtres vivaient essentiellement au grand air comme l'explique Roland Nespoulet, Maître de Conférence du Museum National d'Histoire Naturelle sur le site de ce dernier.

On attend de la maison qu'elle s'adapte au cadre dans lequel elle s'inscrit pour répondre aux difficultés et contraintes qu'il impose. Ainsi des catastrophes naturelles (séismes, érosion, inondations...) auxquelles les normes de sécurité en termes d'urbanisme et d'architecture doivent en principe apporter des réponses, sans toutefois toujours y parvenir comme nous le rappelle régulièrement l'actualité.

Recherche personnelle: présentez un exemple de catastrophe naturelle qui a entrainé destruction ou péril d'une maison; et à l'inverse trouvez un exemple de prise en compte par l'architecture ou l'urbanisme des dangers environnementaux et des réponses apportées.

L'étonnant exemple du train du Transperceneige, cité mobile et dernier refuge de l'humanité face au dérèglement climatique, semble combiner ces deux aspects de la maison protectrice: à la fois contre l'environnement hostile et contre les intrusions agressives.

Le Transperceneige (Snowpiercer)

Le Transperceneige est à l'origine une bande dessinée française annoncée dans les années 1970 et finalement parue au début des années 1980, après plusieurs complications. En effet, le dessinateur initial, Alexis, décède en 1977, et c'est finalement Jean-Marc Rochette qui dessinera l'album. Le scénariste Jacques Lob décède lui en 1980, avant la parution des premiers chapitres de l'histoire. le scénariste Benjamin Legrand reprend l'univers à la fin des années 1990 pour deux albums publiés en 1999 et 2000.

L'univers de la série connait une renaissance en 2013 avec l'adaptation en film réalisée par Bong Joon-ho (qui remportera plus tard la Palme d'or à Cannes avec Parasite, référence au B.O. de notre thème).

Dans la foulée, une série télé inscrite dans cette univers voit le jour et compte à l'heure actuelle trois saisons.

Les différentes adaptations partagent un certain nombre d'éléments structurants. Le monde est revenu à une ère glaciaire extrême qui empêche toute vie à l'extérieur. L'humanité est réduite à la population vivant dans un immense train filant continuellement, et ce depuis des années, à la surface du globe tout entier. Le train protège, capable de traverser les glaces qui désormais se dressent partout, et nourrit puisqu'il abrite aussi des ressources en nourriture afin de subvenir aux besoins de la population.

De quelle(s) manière(s) pouvez-vous relier cet univers, ainsi rapidement présenté, à notre thème ?

I.B.3. La maison : refuge et même sanctuaire

La maison semble donc, dans ses premières représentations même, reliée à l'idée de protection. Elle devient ainsi une forme de refuge, voire un sanctuaire. On peut le voir dans la définition qu'en proposent Jean Chevalier et Alain Gheerbrant dans le Dictionnaire des symboles (pdf de l'article) :

Questions sur l'article du Dictionnaire des symboles
  1. Qu'est-ce qui dans cet article associe la maison à l'idée de refuge ou de sanctuaire ?
  2. Quelle place occupe la maison dans l'organisation du monde selon cet article ?
  3. Quels rapports pouvez-vous établir entre la maison et tout ce qui relève de la spiritualité ?

Ce refuge, ou ce sanctuaire, peut prendre différents aspects, selon qu'il s'adresse à l'individu ou au groupe. On le voit par exemple d'abord à travers le sanctuaire que se construit le superhéros Superman : la forteresse de solitude. Extraterrestre arrivé bébé de la planète Krypton, Kal-El, alias Clark Kent, alias Superman cherche longtemps un lieu pour lui, un lieu où il pourra vraiment être lui-même, se ressourcer sans plus avoir à se soucier du monde et de l'humanité, un espace où se défaire des costumes à la fois du journaliste et du sauveur. C'est ainsi qu'il fonde un lieu secret, dans les glaces de l'Arctique, sa forteresse de solitude.

La forteresse de solitude de Superman - Concept art lié aux films DC Comics de la Warner

Les glaces déploient un imaginaire aisément associé à l'idée de retraite, de refuge solitaire. On le voit également en littérature, comme avec le récit autobiographique de Sylvain Tesson Dans les forêts de Sibérie. L'extrait qui suit présente le refuge du narrateur, après une scène où il est lui-même accueilli par un de ses amis dans ces étendues désolées (pdf ici).

Questions sur le texte de Sylvain Tesson
  1. En quoi le début de l'extrait illustre-t-il l'idée classique d'hospitalité ?
  2. Quelles sont les qualités recherchées par le narrateur dans ces espaces désolés et glacés ?
  3. Que fuit le narrateur en se façonnant un refuge dans sa cabane ?
  4. Peut-on voir une dimension sacrée ou spirituelle dans ce que recherche le narrateur ?

Il est également possible d'imaginer des espaces dédiés à cette idée de sanctuaire, de refuge, à l'intérieur même d'une maison: il s'agit des "panic room" (ou "chambres de sûreté" ou encore "chambres fortes" en français), ces forteresses intérieures que l'on retrouvent comme matrice dramaturgique au cinéma dans différents films, qu'il s'agisse de Parasite de Bong Joon Ho (2019) que l'on abordera plus loin, ou de Panic Room de David Fincher (2002).

Panic Room, de David Fincher (2002)

Thriller américain sorti en 2002, Panic Room est l’œuvre du cinéaste David Fincher qui a, les années précédentes, signé deux énormes succès : Seven en 1995 et Fight Club en 1999. Oppressant huis-clos, ce film met en scène l'intrusion de cambrioleurs dans dans une magnifique maison à New-York alors qu'une mère et sa fille viennent de prendre possession des lieux.

L'ensemble de la tension du film repose sur la gestion de cet espace ultra sécurisé qu'incarne la "panic room". Meg, la mère, et Sarah, la fille, s'y réfugient sitôt l'intrusion des cambrioleurs découverts. Elles y sont dès lors normalement en totale sécurité.

Mais une série de péripéties complique la situation: ce que désirent récupérer les voleurs se trouve justement dans cette pièce, la ligne de téléphone de la pièce n'est pas active, ce qui empêche toute communication avec la sécurité ou la police, et Sarah a besoin d'un traitement resté dans sa chambre. Parallèlement à cela, les intrus tentent de forcer la chambre de survie ou du moins d'en faire sortir les occupantes, notamment en les asphyxiant.

On le voit : Panic Room interroge directement ce statut de refuge ultime, de forteresse de ce dispositif de sécurité à l'intérieur de la maison. Est-il plus sûr de demeurer dans la chambre forte ou ne vaut-il pas mieux en sortir pour s'extirper de ce traquenard ? D'ailleurs, les malfrats l'ont également bien compris puisqu'il barricadent rapidement la maison pour empêcher toute tentative d'évasion durant leurs méfaits: l'abri devient une prison.

À partir de cette présentation, comment reliez-vous ce film à notre thème ?

1.B.4. La maison comme cachette

La maison peut protéger en ce qu'elle offre des cachettes ou même en ce qu'elle constitue elle-même une cachette. Chacun a pu l'expérimenter dans ses jeux d'enfance : la protection passe d'abord par la capacité à disparaitre, à échapper au regard de celui qui nous cherche. Et la maison, avec ses recoins, ses placards ou son grenier offre de nombreuses possibilités d'expérimenter cette dimension protectrice.

De nombreuses fictions explorent ce motif. La pièce de Panic Room, que nous venons de voir, se présente autant comme une cachette que comme une forteresse. En effet, l'accès à la pièce est masqué par un miroir et l'héroïne découvre le lieu par déduction : la chambre qu'elle visite alors lui paraît plus petite que ce qu'elle devrait être.

Recelant une part de mystère, la cachette, ou la pièce cachée au sein de la maison, apportent une dimension dramaturgique évidente aux fictions. C'est ainsi que ce motif s'est trouvé investi dans de nombreux films ces dernières années : depuis le film espagnol Inside de Andrés Baiz (2011) jusqu'à Parasite de Bong Joon Ho (2019) , dont nous parlerons plus loin, en passant par L'Orphelinat de Antonio Bayona (2007).

Mais la cachette dans la maison se pense d'abord comme ludique. Cela peut simplement consister en des enfants qui cherche à de dissimuler pour un jeu de cache-cache, comme au début de Narnia chapitre 1 : Le lion, la sorcière blanche et l'armoire magique dans une scène qui verra une des héroïnes découvrir le portail vers le monde de Narnia :

Autour d'Anne Frank : Écriture d'un journal intime

Pour autant, la cachette aménagée, de manière sophistiquée, dans la maison, peut revêtir de véritables enjeux, endosser une réelle responsabilité de protection, et même assurer la survie de ceux qui s'y réfugient. C'est ce que nous apprend la terrible histoire d'Anne Frank dont le journal, mondialement célèbre, relate la claustration dans un appartement secret à Amsterdam, alors sous occupation allemande, entre 1942 et 1944, afin d'éviter la déportation.

L'adolescente est sur le point de fêter ses 13 ans lorsqu'elle reçoit, en juin 1942, un cahier qu'elle utilise comme journal intime et dans lequel elle s'adresse à une amie imaginaire Kitty. Quelques semaines plus tard elle déménage dans "l'annexe", cet appartement secret, pour échapper aux nazis. Elle tiendra son journal jusqu'à son arrestation, deux ans plus tard. Son journal sera récupéré par son père, seul survivant de la famille, après la guerre. La Maison Anne Frank est désormais un lieu muséal dans lequel se trouve reconstitué l'appartement afin de rendre compte de cette expérience et de ce drame.

L'édition de ce texte n'a rien eu d'évident. En effet, Otto Frank, le père d'Anne, seul rescapé parmi les membres de la famille, se voit restitué les feuillets et cahiers de sa fille que l'un des protectrices, Miep, récupère juste après l'arrestation de la famille. Les éléments présentés dans cette brochure de la Maison d'Anne Frank permettent de saisir l'ensemble de ce contexte:

À partir de là, Otto se trouve face à un texte dans la nature est ambivalente. Anne, qui souhaitait devenir écrivaine, a entamé, début 1944, une réécriture complète de son journal en vue d'en faire une véritable œuvre littéraire. Mais l'arrestation en août 1944 interrompt ce projet. En parallèle, la matière initiale du journal se trouve elle aussi parcellaire: tout n'a pas été récupéré à la suite de l'arrestation et il manque une grande partie du journal original. Tout ceci conduit à des choix éditoriaux nécessaires, complétés par des interventions de la part des éditeurs lors de la publication après guerre. Le titre premier, de 1947, est d'ailleurs celui voulu par Anne en tant qu'oeuvre littéraire: L'Annexe (puis L'Annexe secrète, et enfin le Journal d'Anne Frank à la suite des différentes traductions dans le monde).

De nombreux doutes ont été formulés, rapidement, sur l'authenticité du texte, notamment de la part de négationnistes. Après la mort d'Otto Frank en 1980, tous les manuscrits ayant été légués à l'Institut National néerlandais pour la documentation de guerre, une édition complète et savante est envisagée. Elle voit le jour en néerlandais en 1986, traduite en français en 1989 et permet de comparer les différents états du texte (journal, réécriture et première publication). Tout ceci est remarquablement expliqué par Philippe Lejeune - auteur du Pacte autobiographique, un essai majeur de critique littéraire - dans un article de 1990, "L'histoire vraie du Journal d'Anne Frank".

Quelques questions autour de cette lecture:
  1. Quel événement provoque le déménagement de la famille Frank ?
  2. De quelle manière se déroule ce déménagement ?
  3. Quel élément central structure la lettre du 9 juillet 1942 ?
  4. Quelle est la fonction première de ce logement et comment cela se concrétise-t-il en termes d’aménagement ?
  5. Comment se déroule le quotidien des Frank ?
Vue en coupe de la cache d'Anne Frank
Production autour du Journal d'Anne Frank - Travail en Groupes

À la manière d'Anne Frank, vous écrirez une partie d'un journal intime, entrepris dans une perspective de publication littéraire. Il faudra donc respecter les marqueurs de l'énonciation du journal intime. Cet écrit accordera une place centrale à une maison, ou un bâtiment, mais un lieu qui ne soit pas la maison d’enfance, plutôt une maison où le personnage narrateur doit séjourner pour un temps seulement, ou dans lequel il se rend ponctuellement (type cabanes partagées par des enfants). Les circonstances n'ont pas nécessairement à être dramatiques comme dans le Journal d'Anne Frank: ce peut être pour des vacances, un stage, un workshop, un voyage professionnel, par hasard à la suite d'un événement inopiné, etc.

Le texte sera composé des éléments suivants:

  • Les circonstances de l’arrivée
  • La découverte et la description du lieu
  • La présentation des occupants du lieu et les raisons pour lesquelles ils se trouvent là
  • Quelques éléments du quotidien dans ce lieu, avec potentiellement un événement proposant une action, résolue ou ouverte à une suite

Pour cela, vous travaillerez en groupe de 4, ce qui implique une écriture collégiale. Les étapes du travail seront les suivantes:

  1. Personnage - Narrateur. Échanges pour convenir du personnage narrateur (âge, sexe, statut, etc.) et de la situation temporelle dans laquelle va s'inscrire le récit (caractérisation du je du récit et éléments de datation). Pour la fois suivante, chacun testera, de son côté, un morceau d'écriture du journal, afin de mesurer comment chacun fait s'exprimer ce je. Le but sera d'harmoniser la manière dont s'exprime le personnage afin que chacun puisse, au final, participer à la rédaction de différentes entrées du journal.
  2. La maison. Réfléchir précisément à la maison ou au lieu qui sera investi: forme, fonction, caractéristiques... Au-delà de sa description, il faut en sentir le potentiel sur la narration.
  3. Synopsis. Mise en place des éléments demandés en consignes (lieu, circonstances, personnages, etc.) afin de construire le canevas d'écriture. Le journal peut déployer le nombre d'entrées que vous souhaitez, tant que les items attendus se retrouvent bien au fil de la rédaction.
  4. Écriture. La rédaction de ces items. Dans un premier sur support numérique partagé (type google doc), avec un partage également avec l'enseignant lorsque le projet est avancé, afin que des commentaires puissent être formulés.
  5. Illustration. La mise en œuvre graphique. Il faut d'emblée réfléchir à une forme donnée au journal. Elle peut être classique ou très originale. Elle supposera sans doute une mise en œuvre plastique particulière à laquelle il faut d'emblée réfléchir.

Ce texte sera aménagé sous une forme graphique de votre choix. Cette production pourra présenter la maison, ses plans, sa maquette, des éléments d'aménagement, son environnement, les portraits des personnages, etc. Le texte prendra place au sein de la production elle-même. La forme est libre, pouvant aller d'un journal manuscrit illustré, à un livret à la manière de ceux de la Maison d'Anne Frank où les textes viendraient comme des illustrations, en passant par toute production plastique de votre invention susceptible de mettre le texte en relief.

Anne Frank, 1941

La maison comme cachette peut donc s'envisage à différentes échelles : comme un lieu qui offre un recoin pour disparaître provisoirement, ou comme un espace qui s'aménage pour dissimuler un individu ou un petit groupe de personnes sur un temps plus long. Mais elle peut peut même s'inscrire elle-même comme un lieu reclus et secret, et conduire la cachette à l'échelle de la communauté. C'est ce que montre le film Le Village de Night Shayamalan, la communauté en question essentiellement rurale, envisageant son refuge comme un lieu de retraite face à la pression et à la frénésie du monde extérieur incarné par la ville

Le Village, de Shyamalan (2004)

À la fin du XIXe siècle, une petite communauté américaine vit en autarcie au milieu de bois que l'on dit peuplés de créatures effrayantes. Suite au décès d'un enfant, qui aurait pu être sauvé avec le traitement adéquat, le jeune Lucius demande au conseil des Anciens l'autorisation de traverser les bois pour aller chercher de l'aide médicale à la ville. Le Conseil refuse, craignant de rompre le précaire équilibre instauré avec les créatures des bois.

Au village, parmi les jeunes adultes, se déploie un triangle amoureux atypique entre Lucius, Ivy, une jeune femme aveugle très enthousiaste, et Noah, jeune homme retardé mental amoureux d'Ivy.

Ainsi, dans ce film, toute une communauté se met en retrait du monde en s'installant dans une vallée, bordée de bois, que personne ne doit traverser sous peine de terrible conséquences. La communauté vit repliée sur elle-même et un pacte semble établi avec les Créatures qui habitent la forêt voisine: ces dernières ne viennent pas sur les terres du village tant qu'aucun habitant ne pénètre dans les bois. Le film joue ainsi habilement des frontières et surtout des seuils à ne pas franchir, comme dans cet extrait qui montre l'irruption des Créatures dans le village, semble-t-il consécutive à la demande de Lucius de traverser leur territoire:

Comment les maisons sont-elles ici représentées ? Comment offrent-elles une protection face aux intrusions ? Que pouvez-vous dire des ouvertures, des fermetures et des seuils dans cette scène ?

SPOILER ALERT - NIVEAU 1

Cet événement réaffirme le statu quo entre le Village et les Bois. Le mariage de la grande sœur d'Ivy, un temps amoureuse de Lucius, autorise la relation entre Ivy et Lucius, ce dernier se déclarant enfin à la première. Mais Noah, de dépit, poignarde Lucius. À l'article de la mort, Lucius ne pourra être sauvé avec les moyens médicaux dont dispose le village: il lui fait la médecine des villes.

Ivy demande alors l'autorisation de traverser les bois pour sauver son amant. Contre l'avis des autres Anciens, qui tous ont juré de ne jamais retourner à la ville où chacun a vu un de ses proches se faire tuer, son père, Edward, l'y autorise. Deux garçons de son âge l'accompagneront dans les Bois pour accomplir cette périlleuse mission.

SPOILER ALERT NIVEAU 2

Les secrets qui hantaient la communauté doivent alors être en partie levés. Ainsi, juste avant le départ, le père d'Ivy révèle à cette dernière le secret du Village en la menant à la remise abandonnée. Elle découvre alors que les créatures constituent en fait une fable, une invention des Anciens pour instaurer et préserver un mode de vie reclus, à jamais distant de la Ville qui les a tant fait souffrir. Mais en révélant cela à sa fille et en l'envoyant dans les Bois, Edward menace la survie de la communauté qui tient à rester cachée de l'extérieur.

Mais d'autres surprises attendent Ivy et le spectateur concernant la traversée des Bois. D'abord, la fiction rattrape la réalité et Ivy se confronte à une Créature dans les Bois. Et après en avoir triomphé, elle atteint en fin la limite de la forêt. Sa rencontre avec un représentant des Villes explique aussi pourquoi c'est Ivy que l'on a laissée atteindre cet extérieur.

Si Ivy a été autorisé à traverser les bois, c'est du fait même de sa cécité. Elle ne verra pas ce que le spectateur du film découvre de l'autre côté des bois: notre monde contemporain, de l'autre côté d'une enceinte. Il s'agit là d'un isolement volontaire créé par les Anciens et qu'ignorent tous les jeunes du village

Que comprenez-vous de la situation du village après ces deux extraits? Comment reliez-vous cela à notre thème ?

Ainsi, l'un des twists du film nous apprend que le Village ne se situe pas dans le passé mais nous est bien contemporain. Ses habitants ont fait le choix de se retirer du monde moderne dans une fiction close et hermétique totalement passéiste. Ils se sont installés à l'écart du reste du monde pour vivre leur idéal, de manière étanche, sans plus maintenir le moindre contact avec notre monde. C'est donc tout le village, maisons comprises, qui s'est mué en cachette.

C'est pour cela que le mythe des créatures des bois a été monté de toutes pièces. Il s'agissait de souder la communauté autour d'une menace potentielle et de la faire obéir pour respecter les règles secrètes de l'embargo vis-à-vis du monde extérieur. Rien de mieux pour cela qu'un monstre imaginaire en guise d'altérité absolue.

Ainsi, la maison a pu nous apparaitre comme un lieu d'hospitalité à bien des égards, espace accueillant aussi bien pour autrui que pour soi et les siens. Mais ne peut-elle pas, à l'inverse, comme le suggère déjà l'ambivalence de l'exemple de Panic Room, devenir un lieu hostile ?

Transition : un abri fragile face à l’extérieur

Associer la maison à une menace peut s'entendre de différentes manières. C'est d'abord que la maison peut n'offrir qu'un fragile abri face à l'extérieur. C'est ensuite que la menace peut venir de l'intérieur même de la maison. C'est enfin que le repli sur la maison comporte en lui-même des risques.

La maison n'offre parfois qu'un fragile abri face à l'extérieur dès lors que son environnement comporte une menace, que le risque d'intrusion se concrétise ou que, en tant que ruine, elle ne constitue plus qu'un témoignage d'un monde désormais dévasté.

TRANSITION 1. L’environnement qui menace

La maison, qui doit avant tout apporter protection et sécurité, ne le peut pas toujours, faute d'être adaptée à son environnement. Les menaces qui pèsent sur la maison s'avèrent, à ce niveau, nombreuses : séismes, inondations, effondrements du fait de causes diverses, érosion des sols, montée des eaux et modification du littoral, ou même incendies. L'actualité regorge de faits-divers qui ont vu des habitations endommagées, décrétées inhabitables, voire détruites à cause d'événements extérieurs, environnementaux ou climatiques. Les récentes (décembre 2021) tornades dans le Kentucky (lien wikipedia ici, article spécifiquement sur la tornade de Mayfield là) en sont un exemple parmi d'autres, mais intéressant car il résonne avec une célèbre scène du cinéma américain, celle de la tornade dans Le Magicien d'Oz, film de Victor Fleming de 1939 :

Décrivez précisément les effets de la tornade sur l'environnement et en particulier sur la maison

Des normes de construction peuvent être établies pour rendre la maison plus résistante et plus adaptée à son environnement, mais il n'en demeure pas moins qu'elle se révèle souvent soumise à un cadre géographique dans lequel elle s'inscrit. Le Japon fournit ainsi un exemple des réponses, pertinentes mais parfois partielles, qui peuvent être apportées aux menaces environnementales extérieures qui pèsent sur la maison. Voici un article de Slate, de Nina Montané, qui, au lendemain de l'événement, revient sur le tremblement de terre de 2011 ayant entrainé le drame de Fukushima. On y observe à la fois l'efficacité des normes parasismiques y compris sur les grandes constructions mais également leur inadéquation à un autre type de menace : les tsunamis.

Questions sur l'article de Slate
  1. Donnez les caractéristiques techniques de l'événement à partir duquel cet article est rédigé (date, lieu, nature et intensité de l'événement) (/2)
  2. Pourquoi le Japon est-il à la pointe de la technologie sismique ? (/1)
  3. Comment sont construits les bâtiments pour résister aux tremblements de terre ? (deux éléments attendus) (/2)
  4. Quels sont les principes de base que respectent les constructions au Japon ? (/1)
  5. Quel matériau est utilisé de manière privilégiée et pourquoi ? (/1)
  6. Ces normes protègent-elles toujours du risque de séisme ? (/1)
  7. Quelle interrogation entoure les problèmes rencontrés sur la centrale nucléaire de Fukushima ? (/0.5)
  8. Quelles différences y a-t-il entre les menaces provoquées par un séisme et celles liées à un tsunami ? (/1)
  9. Quelle réponse envisage-t-on en général pour protéger les constructions d'un tsunami ? (/0.5)

L'environnement constitue donc bien une menace qui pèse sur la maison. Mais si les menaces de type naturel nous viennent le plus spontanément à l'esprit, il ne faut pas négliger le fait que l'environnement humain, et souvent urbain, constitue lui aussi parfois une menace potentielle pour la maison et ses occupants. C'est ce que nous montre le film d'animation des studios Pixar Là-haut.

Là-haut, Pixar (2009)

Là-haut (Up en VO) est le dixième long-métrage des studios Pixar. Réalisé en 2009 par Pete Docter et Bob Peterson, Là-haut est notamment renommé pour sa séquence d'ouverture muette, à la charge émotionnelle intense. Mais ce qui nous intéresse aujourd'hui se situe juste après ce passage, lorsque l'histoire débute vraiment pour notre héros.

En effet, Là-haut raconte l'histoire de Carl, veuf et octogénaire, dont le logement incarne le rêve d'une vie en partie brisée, et à présent confronté à un environnement hostile : une urbanisation menée tambour battant. Encerclé par la construction d'immeubles et de tours, Carl décide de prendre le large, avec son logement, pour entamer un voyage vers les contrées qu'il rêvait de découvrir, enfant, avec celle qui devint sa femme sans que tous deux puissent accomplir ensemble ce projet.

Dans cette première scène, nous découvrons Carl, presque retranché dans sa maison, faisant face à un chantier qui menace de totalement noyer sa maison sous le béton, l'acier et le verre.

Cette situation décrite dans Là-haut, qui peut nous sembler extrême, s'appuie pourtant sur un fait divers réel que détaille l'article de Buzzfeed ci-dessous:

La suite du film narre la fuite de Carl, à bord de sa maison transformée en engin volant. Devenue véhicule, elle doit circuler entre la forêt de buildings de la grande ville dans laquelle il réside. On y voit bien tout le contraste entre la petite maison individuelle et les tours gigantesques, emblème de la modernité urbaine.

Mais la maison doit, inscrite dans un cadre nouveau, affronter les aléas de son environnement et notamment une tempête, ce qui nous ramène de manière plus traditionnelle au point de notre développement.

L'arrivée de Carl et sa maison dans un lieu paradisiaque pose la question du choix de l'emplacement de la maison dans ce cadre idyllique, à l'image exacte du rêve d'enfance du vieil homme

Enfin, le dénouement du film signe les adieux à la maison que l'on avait pourtant cherché à préserver depuis l'origine.

TRANSITION 2. Le risque d'intrusion

La menace qui pèse sur la maison peut donc bien être d'origine humaine (ou plus largement vivante). À ce titre, elle s'incarne particulièrement dans le risque d'intrusion. Cela signifie que les occupants de la maison n'y sont plus en sécurité. De nombreux contes pour enfants mettent en scène des situations de cet ordre : on peut penser au Loup et les 7 chevreaux ou encore aux 3 petits cochons.

Dans le premier, le loup tente d'entrer par la ruse dans la maison des chevreaux tandis que la mère est partie. Il change sa voix grâce à de la craie puis modifie la couleur de sa patte avec de la farine afin de montrer patte blanche. Les chevreaux, trompés, lui ouvrent et se font tous dévorer, sauf un, avant d'être libérés par leur mère qui découvre le loup endormi et lui incise le ventre. Dans le second conte, c'est la force qui est employée. Le loup détruit successivement les maisons de paille et de bois des deux premiers petits cochons en leur soufflant dessus, avant d'échouer face à la maison de briques du troisième. Il tente alors d'entrer par la cheminée mais tombe dans la marmite d'eau bouillante préparée par les trois petits cochons.

Au cinéma, de nombreux films jouent de la violence de l'intrusion par le contraste entre le confort et la sécurité de l'intérieur domestique et la soudaineté de l'irruption des agresseurs. Ces films travaillent sur le sentiment de malaise provoqué chez le spectateur. On peut notamment penser au film Funny Games de Mickael Haneke (1997) qui repose entièrement sur le motif de l'intrusion ou encore à la fameuse scène d'Orange Mécanique de Stanley Kubrick (1971) dans laquelle Alex et sa bande pénètrent par la ruse chez un couple pour y semer la mort et le chaos.

Orange Mécanique, par Stanley Kubrick (1971)

Orange mécanique est un film de Stanley Kubrick (réalisateur de 2001 : l'Odyssée de l'espace ou encore de Shining) sorti en 1971. Il s'agit d'un film d'anticipation qui nous situe dans une société vaguement futuriste où la violence occupe une place prépondérante. Le spectateur est invité à suivre le parcours d'Alex, chef d'une bande de voyous qui se livrent gratuitement à divers crimes. Dans la scène qui suit, les trois malfaiteurs trompent la vigilance d'un couple pour pénétrer chez eux, battre le mari (la suite nous le montrera ayant perdu l'usage de ses jambes) et violer puis tuer la femme.

Attention: la scène qui suit EST violente

Proposez un résumé de cette scène montrant en quoi la ruse constitue un outil pour s'introduire dans la maison et passer outre la protection qu'elle offre.

TRANSITION 3. Les ruines de maison comme témoignage d’un monde dévasté

Une fois profanée, la maison perd son statut de protectrice et son destin peut être figuré à travers la ruine. Nombre d'œuvres, notamment du genre post-apocalyptique, s'attardent sur la mise en scène de ces lieux dévastés, jouant du contraste entre l'idéal de confort et de sécurité qu'ils offraient et ce qu'ils sont devenus, espaces ouverts aux vents. La maison n'existe alors plus au présent et ne constitue plus qu'un vestige du passé, le témoignage d'un temps révolu.

The Last of Us (part 1)

The Last of Us est une série de deux jeux vidéo créés par le studio Naughty Dog en 2013 pour le premier épisode et 2020 pour le second. Le jeu débute avec le personnage de Sarah. La jeune fille a attendu son père Joël pour lui souhaiter son anniversaire. Elle se couche après le retour de celui-ci mais se réveille la nuit alors que des bruits étranges proviennent de l'extérieur de la maison familiale et que son père semble absent.

La vidéo suivante retrace l'ensemble du jeu. La scène d'ouverture qui nous intéresse se déroule jusqu'à la treizième minute.

Ainsi, on découvre qu'une épidémie de zombies s'abat sur le monde et que la maison n'est plus un endroit sûr, mais bien un lieu qu'il faut fuir pour trouver refuge ailleurs. Le choc est violent pour le joueur, placé dans le rôle de Sarah, dont il faut immédiatement faire le deuil, comme doit le faire son père, Joël, le véritable personnage principal du jeu que nous retrouvons vingt ans plus tard, appelé à traverser un monde totalement en ruines, dévasté par une épidémie qu'aucun pouvoir politique ou modèle social n'est parvenu à juguler.

Le jeu à proprement parler débute à la 49e minute de la vidéo (49'15'') (le passage entre l'ouverture et ce moment correspond à une extension du jeu qui retrace l'histoire d'Ellie, l'autre personnage central, avant sa rencontre avec Joël). À partir de là, de très nombreux passages montrent des ruines de maisons ou d'habitations. Cela commence par la ville "habitée" que traversent Joël et Elie au début du jeu, se poursuit par ses faubourgs infestés sous la forme de hauts immeubles instables (à partir de 1h25), puis avec la ville et la demeure de Bill (à partir de 1h45, et notamment vers 2h01, lorsque Bill retrouve son partenaire dans son nouveau refuge), etc.

Comme une rapide parcours de la vidéo le montre, tout n'est que ruines dans The Last of Us. Les maisons n'en sont plus, les immeubles sont éventrés, les bâtiments publics méconnaissables. La maison n'est plus que le témoin d'un ordre -social, politique- désormais disparu.

Il est toutefois intéressant de noter que la suite de ce jeu, The Last of us part 2, sorti en 2020, offre une vision inverse de la maison. Les intérieurs y sont comme reconquis ou restaurés, comme en témoignent le village d'où partent les héroïnes, le chalet par lequel elles transitent, le détournement d'un stade ou d'un théâtre, le village en bois installé par des survivants ou encore la ferme dans laquelle un versant de l'aventure s'achève. Ainsi, outre les décors délabrés toujours présents et dans lesquels les héroïnes circulent, The Last of Us part 2 offre néanmoins un envers de ces ruines et la perspective de divers modes de reconstruction de l’habitat humain.

II - La maison, un espace hostile ?

II.A. Une menace qui vient de l'intérieur

II.A.1. Quand l'hospitalité se retourne contre celui qui accueille

Parfois, offrir l'hospitalité peut se retourner contre celui qui accueille. Nous l'avons vu lorsque l'intrusion se fait par la ruse. Mais de manière plus subtile, ou plus diffuse, l'intérieur peut se voir comme rongé par celui à qui l'on a donné la possibilité d'entrer chez soi. C'est ce que met en scène de manière multiples, à la manière des poupées russes, le film coréen Parasite de Bong Joon-ho.

Parasite, de Bong Joon-ho (2019)

Avec Parasite, Bong Joon-ho remporte de nombreuses récompenses : Palme d'or à Cannes en 2019, quatre Oscars en 2020 (Meilleur film, meilleur film international, meilleur réalisateur et meilleur scénario), César 2020 du meilleur film étranger, Golden Globe 2020 du meilleur film en langue étrangère ou encore deux Bafta 2020 (Meilleur scénario original et Meilleur film en langue étrangère).

Le film raconte l'histoire de deux familles que tout oppose d'un point de vue social, vivant donc dans des environnements radicalement différents. D'un côté la famille Kim : Ki-woo vit avec sa sœur Ki-jung et leur deux parents Ki-taek (le père ) et Chung-sook (la mère) dans un taudis en sous-sol, tous sans emploi, et sans diplômes pour les enfants, vivant au jour le jour de petites combines. De l'autre côté la famille Park : Dong-ik (le père) Yeon-gyo (la mère) et leur deux enfants, Da-hye leur fille (en Première) et Da-song leur fils (en élémentaire), auxquels s'ajoute leur gouvernante Moon-gwang, tout ce petit monde vivant dans une somptueuse propriété.

Chez les Kim, les enfants cherchant une connexion
La villa des Park
Lire cet article et en rédiger un résumé.

Le film, présent dans la bibliographie officielle du thème, s'avère intéressant pour différents aspects de celui-ci. Il y a tout d'abord la dimension architecturale du projet cinématographique comme on vient de le voir (esthétique, conception et usages des pièces, etc.). Il y a également, on le pressent, la dimension sociale de l'habitat : l'opposition entre le logement des personnages bourgeois et les logements de personnes précaires, se révèle centrale dans le film. Mais c'est un autre aspect, porté par le titre, et moteur dramatique du film, qui nous intéresse ici, celui de la place accordée à l'étranger au sein du foyer.

En effet, l'intrigue amène le fils de la famille Kim, Ki-woo, à devenir le professeur particulier de la fille de la famille Park, en se faisant passer pour un étudiant brillant. À partir de là, il s'ingénie à faire entrer tous les membres de sa propre famille comme domestiques auprès de la famille Park : sa sœur devient professeur de dessin du fils Park, son père le chauffeur de M. Park et sa mère va remplacer la gouvernante qu'ils parviennent à faire renvoyer. Ainsi, toute la famille Kim se retrouve à occuper, sous divers prétexte fallacieux, la maison des Park, prenant même leur place à l'occasion d'un week-end où les Park quittent leur domicile pour un court congé.

Mais au-delà du parasitisme cet épisode propose un retournement de situation qui fait glisser le film de la comédie au drame. Les Kim découvrent d'autres parasites cachés au cœur de la maison et les diverses péripéties conduisent à un dénouement lors duquel le père Kim tue le père Park.

Quelques liens pour aller plus loin:

II.A.2. La difficulté à cohabiter et les fonctions de la maison

La maison, en tant qu'intérieur, peut devenir source de tensions. C'est ce que la pandémie, et les confinements qu'elle a entrainés, ont bien mis au jour ces derniers mois. La transformation du domicile, privé, en lieu de travail, professionnel, ne s'est pas effectuée sans enjeux domestiques et familiaux à régler. C'est ce que soulève cet article de Sybille Vincendon dans le quotidien Libération:

Questions sur l'article de Sybille Vincendon:
  1. Comment est présentée la situation du télétravail avant la pandémie?
  2. Quelles sont les deux premières "étapes" du réaménagement intérieur lors de la mise en place du télétravail à l'occasion du confinement ?
  3. Quel rapport le télétravail entretient-il avec l'espace du domicile et comment celui-ci se répartit-il entre les membres de la famille ?
  4. Quelles leçons tirer du confinement et du télétravail par rapport au domicile ?
  5. De quelles manières l'intérieur doit-il se transformer pour accueillir le télétravail ?
  6. Quelles sont les caractéristiques des logements conçus par Sophie Delhay à Dijon ?
  7. Qu’est-ce que « l’entrepièces » imaginé par l’agence Lemérou ?
  8. Comment cela pourrait-il se traduire à l’échelle d’un immeuble ?
Gravure sur bois de 33 x 27 cm de Barbe Bleue, publiée pour la première fois dans Les Contes de Perrault, dessins par Gustave Doré, Paris, Jules Hetzel, 1862, planche en regard de la p. 56.

Habiter la maison ne va donc pas de soi et des espaces peuvent se trouver, justement ou indûment, réservés à tel ou tel usage par l'un ou l'autre des occupants. De manière extrême, c'est ce que met en scène le conte de Perrault La Barbe-Bleue (version pdf du texte) :

Questions sur La Barbe Bleue
  1. Comment la maison est-elle présentée comme signe de richesse dans ce conte ?
  2. Comment interprétez-vous l'interdiction qui est faite d'entrer dans le cabinet au bout de la grande galerie de l’appartement bas ?
  3. Comment reliez-vous cet élément à l'enjeu de la sous-partie ?
  4. Expliquez les deux moralités présentes à la fin du conte.

On le voit : assigner des fonctions et des usages aux lieux, aux espaces, et respecter celles et ceux fixés par autrui ne va pas de soi. Ce que l'on observe en termes de reconfiguration familiale à l'occasion du confinement et du télétravail, ou bien à l'échelle du couple dans La Barbe Bleue, peut également se poser dans le cadre de la colocation. Si ce motif constitue un ressort comique privilégié au sein du genre de la sitcom - il suffit de penser au culte Friends et à ses deux appartements de colocataires pour s'en convaincre - la frénésie contractuelle d'un Sheldon Cooper de The Big Bang Theory lui donne une toute autre dimension.

The Big Bang Theory et la colocation avec Sheldon

The Big Bang Theory est une sitcom américaine de Chuck Lorre et Bill Prady. Débutée en 2007 et achevée en 2019, elle compte 279 épisodes de 22 minutes répartis sur 12 saisons. La série raconte la vie de quatre jeunes scientifiques vivant et travaillant à Pasadena en Californie : Sheldon et Leonard, les principaux héros, en colocation, et dans l'appartement desquels l'essentiel de l'action se concentre, ainsi que Raj et Howard. La vie du groupe se trouve bouleversée par l'arrivée d'une voisine, Penny, à l'opposé de tout ce qui caractérise ces personnages.

La série met en effet en scène 4 "geeks", amateurs de pop culture (fans de Star Wars, de Star Trek, du Seigneur des anneaux, de nombreuses sagas de jeux vidéos et bien sûr de la culture des super-héros de comics) intellectuellement brillants mais socialement totalement inadaptés. Sheldon force le trait jusqu'à l'extrême : supérieurement intelligent avec un QI au-delà de 150, entrant à l'université à 11 ans, docteur universitaire à seize ans, il donne le sentiment d'être atteint du syndrome d'Asperger (une forme d'autisme) comme en témoignent d'une part sa difficulté à percevoir le second degré et d'autre part ses nombreuses obsessions et maniaqueries dont, notamment, son besoin de toujours s'asseoir à la même place sur le canapé (« my spot »).

Tout ceci fait de Sheldon un individu proprement invivable qui fera fuir ses différents colocataires jusqu'à l'arrivée de Leonard. L'épisode 22 de la saison 3 raconte, sous forme de flashback, la rencontre entre Leonard et Sheldon. Leonard répond en effet à une annonce de recherche d'un colocataire publiée par Sheldon.

Après cette visite inquiétante, Leonard doit signer le fameux "gentlemen agreement", ce contrat de colocation aussi maniaque que délirant censé donné tout pouvoir ou presque à Sheldon dans la gestion de leur intérieur. Leonard acceptera les lubies de son compagnon et signera les différentes clauses du contrat afin d'emménager avec lui, le lieu étant spacieux et moins cher que les autres logements qu'il avait visités.

Le "roommate agrement" devient par la suite un élément constitutif de la série à la manière d'un running gag. Sheldon en mentionne différents articles en diverses occasions et il fera même l'objet d'une âpre remise en cause de la part de Leonard.

Un dernier extrait de cet épisode introduit un élément majeur de la colocation : le canapé. Et c'est un accessoire central à la fois pour la série et pour Sheldon puisque c'est à travers lui que le personnage affirme son emprise sur le lieu : une place de ce canapé devient son "spot".

Cet attachement maladif à ce "spot" sera décliné de très nombreuses fois au cours de la série comme en témoigne cette vidéo de compilation.

Activité: À partir des extraits présentés, rédigez un paragraphe expliquant en quoi cet épisode illustre les contraintes et difficultés de la colocation.

II.A.3. Vivre avec autrui : "l'enfer, c'est les autres"

Ainsi, les soucis de cohabitation, dans le couple ou de manière générale, peuvent découler de la manière dont l'espace domestique se trouve réparti. Vivre avec autrui, sous le même toit, ne va pas de soi, surtout si l'on se trouve contraint d'être constamment sous le regard de l'autre, sans temps ni espace pour soi. C'est ce que le philosophe existentialiste Jean-Paul Sartre exprime en 1947 à travers une formule célèbre, "l'enfer, c'est les autres", dans sa pièce de théâtre Huis clos.

Huis clos raconte la confrontation, mais aussi le supplice, de trois personnages, Garcin, Inès et Estelle, qui ne connaissent pas et que tout oppose. Réunis après leur mort dans une pièce, un simple salon, ils devront y passer l'éternité. Enfer sans torture ni bourreau apparents, cet espace se révèle pourtant rapidement comme le châtiment par excellence pour ces trois individus dont la vie n'aura pas été exempte de lourdes fautes. Ainsi Garcin, journaliste, fut cruel avec sa femme qu'il trompa abondamment et se montra très lâche alors même qu'il prétendait vivre selon des valeurs pseudo viriles d'honneur et de courage. Inès, homosexuelle, de condition modeste, a causé la ruine du mariage de son cousin et s'est montré très dure avec son amante. Enfin Estelle, mondaine frivole, se révèle au cours de la pièce infanticide, ayant tué le bébé qu'elle avait eu avec son amant pour préserver son statut social.

La pièce est structurée en 5 scènes : 4 scènes assez courtes de mise en place et une dernière qui occupe l'essentiel de l'action. Les deux extraits qui suivent sont tirés de cette scène 5 : le premier de son début et le second du dénouement de la pièce (pdf des extraits ici).

Questions sur Huis clos de Jean-Paul Sartre
  1. Dans l'extrait 1, quel est le principe de torture qui se trouve révélé ?
  2. Présentez la logique relationnelle déployée dans l'extrait 2. De quelle manière ces trois personnages se tiennent-ils mutuellement et se trouvent-ils condamnés à se faire souffrir éternellement les uns les autres ?
  3. En fin de compte, comment comprenez-vous la formule "l'enfer, c'est les autres" et comment pouvez-vous la rapporter à notre thème?

Cette idée d'un enfer créé par les relations avec autrui se trouve presque directement adaptée dans une série américaine contemporaine : The Good Place.

The Good Place : les autres comme enfer pris au pied de la lettre

The Good Place est une série comique américaine de 52 épisodes répartis sur 4 saisons. Conçue par Michael Schur, elle fut diffusée entre septembre 2016 et janvier 2020.

La série raconte l'arrivée d'Eleanor Shellstrop au Paradis - The Good Place - suite, manifestement, à une erreur, et ses tentatives pour mériter sa place grâce à l'aide de celui qui devait être son âme sœur, Chidi Anagonye, professeur de philosophie morale. La séquence suivante montre le système de points affectant les humains au "Good Place" et la découverte, par Eleanor, de la maison qui a été spécialement conçue pour elle.

Les catastrophes s'enchainent alors dans cet environnement qui devait être idéal, la nature réelle, banale mais peu vertueuse, d'Eleanor, ayant des répercussions sur celui-ci. Eleanor et Chidi nouent des relations de plus en plus étroites avec leurs voisins, un improbable couple associant une richissime mondaine, Jaamila Jamil, et un moine bouddhiste ayant fait vœu de silence, Janyu alias Jason Mendoza. Ce dernier constitue lui aussi erreur de casting.

Le personnage de Chidi, qui s'est engagé à aider Eleanor, sera sans cesse confronté à des dilemmes moraux inextricables du fait des agissements, présents et passés, de la jeune femme, alors même qu'il s'agit normalement de son domaine d'expertise. Il tente néanmoins de lui apprendre à devenir meilleure pour "mériter" sa place dans cette sorte de paradis

Démasqués, les personnages prendront la fuite, reviendront pour affronter leur destin et tenteront de répondre à un ultimatum posé par les démons de "The Bad Place" venus réclamer ces âmes qui auraient dû leur échoir. Ils ramènent alors avec eux la "véritable" Eléanor Shellstrop, celle qui aurait dû aller au "Good Place" et pour qui la maison si étrange avait été conçue, représentant son idéal à elle.

Du fait des progrès d'Eleanor, un juge est appelé pour résoudre le conflit entre The Good Place et The Bad Place. Mais son jugement est sans appel : il faut que deux âmes se sacrifient et rejoignent The Bad Place. C'est alors, que, tandis que les héros débattent pour déterminer qui devra se sacrifier, Eleanor a une épiphanie, révélant les réelles motivations de Michael, l'Architecte de l'endroit.

Ainsi, le paradis n'était qu'une mascarade, les bienheureux, des figurants, et les quatre héros les seuls humains appelés à se torturer mutuellement sans le savoir pour l'éternité.

À partir des éléments présentés ici, montrez en quoi la série "The Good Place" peut illustrer directement à la fois la célèbre formule de Sartre "L'enfer c'est les autres" et l'intrigue de sa pièce "Huis clos".

II.A.4. En danger au sein de son foyer

Ainsi que l'a montré l'exemple de la Barbe Bleue, le danger domestique existe au sein du foyer et du couple. Cette réalité crue s'est trouvée mise au jour de manière frappante à l'occasion du confinement en 2020. Les violences conjugales et familiales ont en effet augmenté durant cette période ainsi que le montre la tribune de Marion Tillous parue dans le Libération le 1er octobre 2020. La géographe de l'université Paris 8 est la coordinatrice du projet de recherche «Spatialité des violences conjugales et Covid-19» auquel participent Eva San Martin, Julie Bulteau et Pauline Delage.

Questions sur la tribune de Marion Tillous sur les violences conjugales durant le confinement :
  1. Quels ont été les effets du confinement sur d’une part les auteurs et d’autre part les victimes des violences conjugales ? (/1.5)
  2. Résumez la stratégie d’emprise à la base des violences conjugales. Quelles en sont les conséquences désignées à travers l’expression de « déprise spatiale » ? (/2)
  3. Que s’est-il passé en matière de violences conjugales suite au confinement ? Comment le sait-on ? A-t-on pu caractériser ces violences ? (/3)
  4. Quels éléments ont pu limiter ces violences durant le confinement ? (/1)
  5. À l’inverse, qu’est-ce qui a fait, et fait toujours défaut, en matière d’aide aux victimes ? (/1,5)
  6. Quelle image emploie Annick Billon pour caractériser les violences conjugales ? Comment la comprenez-vous ? (/1)

En contrepoint de cette violence au quotidien, de cette "guerre de basse intensité" comme nous le rappelle Marion Tillous, on trouve ces faits divers aussi macabres que spectaculaires, dont le caractère ponctuel n'a d'égal, paradoxalement, qu'un retentissement médiatique extraordinaire, où la violence patriarcale s'exprime de manière définitive et meurtrière. Les faits divers qui transforment le foyer en théâtre de violence et de mort sont en effet légion.

En France, plusieurs affaires célèbres en constituent des exemples évidents. On pense d'abord à l'affaire Romand en 1993, qui donna lieu à un roman, L'Adversaire, d'Emmanuel Carrère, en 1999, lui-même adapté au cinéma par Nicole Garcia en 2022. Mais on peut aussi songer à un fait divers plus récent, comme l'affaire Dupont de Ligonnès. D'autres faits divers, comme l'affaire Troadec ou encore l'affaire Flactif, transforment également les maisons en scènes de crime touchant une famille toute entière. Mais dans ces deux derniers cas, les meurtres reposent sur des motifs crapuleux plutôt que familiaux. L'article d'Arnaud Bizot, paru en octobre 2019 dans Paris Match retrace ainsi l'affaire Dupont de Ligonnès.

Effectuez un résumé de l'ensemble de cette affaire telle que présentée dans cet article

On notera que, de manière cynique, la valeur des maisons ayant servi de cadre à ces crimes violents s'effondre. L'article de Anne Vidalie publié en juin 2021 dans Madame Figaro revient sur le destin de ces demeures particulières:

DM Bonus: lire l'article et en retirer deux exemples précis de destinées de maisons du crime (ce qui s'y est passé et ce qu'est devenu le lieu).

Ce rapport entre le foyer et la violence se trouve symboliquement contenu dans l'étymologie du mot "despote": "Emprunté du grec despotês, proprement « maître de la maison, chef de la famille, maître absolu », d'où « despote »." On retrouve cette idée dans une fable fameuse de La Fontaine: L'Œil du Maître (pdf de l'extrait ici) :

Questions sur la fable de La Fontaine:
  1. Résumez l’action de la fable en énumérant les différents événements qui la composent. (/1,5)
  2. Comment pouvez-vous rapprocher cette fable de ce que nous avons déjà étudié concernant le refuge, l’hospitalité et le statut du maitre de maison ? (/2)
  3. Comment comprenez-vous la morale et comment la reliez-vous à notre thématique présente des violences domestiques ? (/1,5)

Enfin, combinant confinement et épouvante criminel, le film Shining, de Stanley Kubrick, nous offre une illustration puissante de ce renversement qui conduit le foyer à incarner le danger.

"Shining", de Staley Kubrick (1980)

Shining est un film de Stanley Kubrick de 1980. Il s'agit d'une adaptation, distante sur plusieurs aspects, d'un roman de Stephen King, avec l'acteur Jack Nicholson dans le rôle de Jack Torrance, un père de famille qui va peu à peu sombrer dans la démence meurtrière. Le récit s'inscrit aux frontières des genres de l'horreur, du thriller psychologique et du fantastique.

Le film raconte l'histoire de Jack Torrance, de sa femme Wendy et de leur fils Danny. Jack est un ancien professeur, qui aspire à une carrière d'écrivain. Il accepte le poste de gardien de l'Overlook, un palace isolé dans les montagnes Rocheuses du Colorado, qui ferme durant l'hiver car il se retrouve alors du reste du monde. Il a pourtant été averti d'un fait divers : le précédent gardien a sombré dans la folie et tué sa femme et ses deux filles jumelles avant de se suicider. En voici la bande annonce (sous-titres en anglais à activer):

Le couple et l'enfant s'installent donc pour passer l'hiver dans l'hôtel mais Danny, qui possède un "don", le "shining" commence à avoir des visions.

Comment qualifieriez-vous le comportement de Jack envers sa femme dans l'extrait suivant ?

Et c'est lorsque Wendy découvre que la folie s'est réellement emparée de son mari que s'amorce un final oppressant :

En quoi les éléments présentés dans cette scène peuvent rappeler des situations de violence conjugale exposés par Marion Tillous dans sa tribune ?

Wendy et Danny son contraints de tenter d'échapper à Jack, qui a sombré dans la folie meurtrière. Tous deux se réfugient alors dans la salle de bain, ce qui va donner une scène culte du cinéma:

À quel conte Jack fait-il référence dans cet extrait ? Comment cette référence s'articule-t-elle avec le motif de la maison et des violences domestiques ?

Le final du film propose une course-poursuite dans la neige qui scelle le dénouement à l'extérieur de la maison, mais toutefois dans un autre type lieu bien particulier:

II.B. Les risques du repli sur la maison : la maison porteuse de mort

II.B.1. La maison où l'on étouffe

La maison peut apparaitre comme porteuse de mort ou de dépression lorsque l'individu qui y séjourne développe le sentiment d'y étouffer. C'est ce que le confinement a notamment révélé à l'occasion de la pandémie du covid 19, ainsi que nous l'explique Sybille Vincendon dans un article de Libération du 7 juin 2020 intitulé « Confinement : « Aussi grande soit-elle, la maison finit par étouffer » » (pdf ici):

Questions sur le texte de Sybille Vincendon consacré à la maison qui étouffe:
  1. Décrivez le cadre de l’étude dont l’article donne les résultats.
  2. Que re cherchaient les gens qui ont quitté leur logement durant le confinement ? Pourquoi?
  3. En quoi la nature du domicile a-t-elle influé sur le vécu du confinement ?
  4. Quels sont les biais de cette études soulignés à la fin de l’article ?

D'une certaine manière, la maison dans laquelle on étouffe devient porteuse de mort. Elle peut aussi incarner cette mort en prenant la forme d'un mausolée. C'est le cas de l'étrange maison du roman La Maison où je suis mort autrefois de Keigo Higashino. L'héroïne, qui la découvre et s'y sent pourtant liée, y a rapidement le sentiment de ne plus parvenir à respirer. Ce sentiment d'oppression est renforcé par l'impression que tout y a été conservé intact pour préserver la mémoire d'une disparition et de vies brisées. Et c'est effectivement un véritable mausolée que constitue cette demeure finalement factice.

La maison dont on ne sort pas, dont on ne parvient pas à s'extraire, cause d'isolement, se révèle également symboliquement porteuse de mort - au moins sociale - comme nous le révèle l'exemple des hikikomoris au Japon.

Rester chez soi jusqu'à en mourir: le cas des hikikomoris

Le terme hikikomori désigne au Japon une catégorie d'individus qui restent cloitrés chez eux et refusent tout contact avec le monde extérieur. Il s'agit d'un phénomène de société qui touche de nombreux (jeunes?) hommes. Le medium Brut lui consacre une de ses pastilles:

Ainsi, une étude menée en décembre 2018, publiée le 29 mars 2019, recense 613 000 Japonais de plus de 40 ans vivant en retrait complet de la société, selon une tendance qui gagne en ampleur année après année, comme le rapporte Courrier International. Pour l'expliquer, on associe le phénomène à la nature même de la société japonaise, comme nous pouvons le lire dans cet article de la Voix du Nord.

Mais l'enquête la plus complète sur ce sujet se trouve sans doute dans les pages Internet du Figaro (version accessible de l'article). On y comprend que ce phénomène tendrait à s'exporter, y compris en Europe et en France. Cet article de L'Express l'évoque directement tandis que le journal 20 Minutes donne la parole à plusieurs d'entre eux. Et voici pour finir un long reportage consacré au phénomène diffusé sur France 24.

Exercice de prise de notes durant le reportage puis restitution orale à l'issue de la diffusion

II.B.2. La maison comme prison

Les reclus ont, d'une certaine manière, décidé de rester chez eux, ou du moins ne sont-ils pas empêchés de sortir de leur logement. Ce n'est pas le cas de tous et la maison peut se muer en véritable prison pour l'un - ou plus souvent l'une - de ses résidents. Il se s'agit pas là d'évoquer le milieu carcéral en tant que tel, et les prisons que l'on appelle souvent "maisons d'arrêt". Mais plutôt d'analyser la manière dont l'espace domestique peut se transformer en lieu de réclusion. Cette réclusion peut revêtir deux dimensions diverses: l'une symbolique et l'autre bien réelle.

Sur le plan symbolique, Simone de Beauvoir évoque de manière précise la façon dont la maison devient la prison pour la femme mariée dans le tome 2 du Deuxième sexe en 1949 (pdf ici) :

Répondre aux questions sur le texte de Simone de Beauvoir:
  1. En quoi la maison incarne-t-elle une certaine idée du bonheur et en quoi est-ce lié à la femme ?
  2. Quelle différence Simone de Beauvoir établit-elle entre l’homme et la femme quant au rapport à la maison ?
  3. Pourquoi cette différence selon elle ?
  4. En quoi la maison constitue-t-elle une prison pour la femme mariée ?
  5. Quelle réponse la femme mariée apporte-t-elle à cette assignation ?

De manière intermédiaire, il est possible d'évoquer la figure de Raiponce, conte traditionnel des frères Grimm devenu icone des classiques Disney. Dans le film d'animation de 2010, la jeune Raiponce se trouve recluse au sommet d'une tour, sans porte, dont elle ne sort pas, acceptant le destin que sa "mère" lui assigne. En effet celle-ci justifie son enfermement par l'hypothétique danger du monde extérieur. Il faudra donc à l'héroïne passer outre l'interdit maternel pour se libérer de sa "prison".

Ainsi, la maison peut devenir prison au sens propre. C'est ce qui s'est produit lors de deux faits divers qui se sont déroulés en Autriche et qui ont suscité la sidération de chacun lors de leur révélation: l'affaire Natascha Kampusch d'une part (séquestration entre 1998 et 2006) et l'affaire Fritzl d'autre part (séquestration 1984 et 2008).

Lisez les pages wikipedia, données en lien, relatives à ces deux affaires et rédigez pour chacun un rapide résumé des faits, lieux, dates et personnes impliquées

L'affaire Fritzl sera assez directement adaptée dans un film de 2021 : Girl in the basement.

Room, par Lenny Abrahamson (2015)

S'inspirant librement de ces deux affaires, Emma Donoghue publie en 2010 un roman intitulé Room. Ce roman sera adapté au cinéma en 2015 par Lenny Abrahamson avec Brie Larson dans le rôle principal, pour lequel elle reçut de nombreux prix d'interprétation (Oscar, Golden Globe, BAFA...).

Dans ce film, Joy vit avec son petit garçon de 5 ans, Jack, fruit des viols de son geolier, "Old Nick", qui le tient captif dans une chambre aménagée dans le sous-sol de sa maison. Joy fait croire à son fils que le monde se résume à cet espace réduit et que l'extérieur qu'ils voient via la télévision est fictif. Jusqu'au jour de l'évasion du petit garçon qui va alerter les autorités et libérer sa mère.

Mais la vie n'est pas facile à appréhender lorsque tout son univers était réduit à quelques mètres carré au-delà desquels on croyait que rien n'était réel. C'est un autre aspect, psychologique cette fois, de la maison comme prison qui se dévoile dans cette seconde partie du film.

On notera enfin qu'outre la réclusion au sein de la maison, ce film déploie un autre aspect de notre thème, soulevé dans sa problématique: celui du lieu entre la maison et la rêverie, notamment de l'enfance. Le lien que continue à entretenir Jack avec cet espace qui était tout son univers, la construction fantasmatique du monde par sa mère pour alléger la détention ainsi que les difficulté, pour un temps, avec le réel ouvert, constituent autant d'éléments intéressants à explorer dans cette perspective.

II.B.3. La maison comme menace elle-même

Enfin, la maison peut devenir une menace en elle-même et devenir le ventre qui dévore littéralement ses occupants. Ce motif, symbolique, terrifiant, se trouve souvent porté par les contes pour enfants. On peut ainsi penser à la maison de Baba Yaga, isba aux pattes de poule, à la frontière du monde des morts, structurée autour du four dans lequel la sorcière rêve de jeter les enfants qu'elle enlève. Ou encore à la maison faite de pain (d'épice) dans le conte Hansel et Gretel. Les deux enfants, affamés, découvrent cette maison dont ils veulent se régaler. Mais il s'agit en fait d'un piège tendu par une sorcière qui cherche à engraisser les enfants avant de les dévorer. Outre une version hébergée par wikisource, vous trouverez ci-dessous une version du conte originellement hébergée par le site de l'Académie de Nantes.

Lisez le conte en lien ci-dessus et notez en les différentes étapes.

Si jusque-là la symbolique de dévoration demeure indirecte, elle peut également se rendre explicite comme dans la série horrifique The Haunting of Hill House.

The Haunting of Hill House (2018)

The Haunting of Hill House est une série d'anthologie (chaque saison propose une histoire indépendante; c'est la saison 1 qui nous intéresse, celle qui se déroule à Hill House) créée par Mike Flanagan et produite et diffusée par Netfix. Il s'agit d'une série horrifique sur le motif de la maison hantée.

The Haunting of Hill House raconte l'histoire de la famille Crain et de sa relation avec la demeure de Hill House. L'histoire se déroule en parallèle sur deux temporalités : d'une part lorsque le couple Crain s'installe dans le manoir en 1992, d'autre part en 2018 lorsque un nouveau drame survient pour les membres de la famille, 26 ans plus tard.

Dans cette série, tout tourne autour de cette somptueuse demeure que le couple de Hugh et Olivia veut rénover pour le opérer une plus-value immobilière. Mais d'étranges événements surviennent petit à petit tandis que la santé mentale d'Olivia semble peu à peu flancher. Les cinq enfants, Shirley, Steven, Theodora, Luke et Eleanor, ont eux de terrifiantes visions et c'est tout un cortège de fantômes qui semblent hanter le manoir. Le récit situé en 2018 accentue la dimension dramatique de l'action de 1982 en pointant les zones d'ombre du récit sans pour autant les résoudre. Il permet aussi de voir à quel point le modèle idyllique de cette famille a volé en éclats, la vie de chacun ayant été brisée suite à ce séjour.

Le dénouement du drame et la révélation d'un mystère à la fin de la saison changent totalement la nature de la maison et en fait un véritable monstre cherchant à dévorer, non seulement psychiquement mais aussi physiquement, ses hôtes. Tout se concentre finalement autour d'une pièce, "The Red Room", à la porte rouge toujours close. Le final de la série réunit néanmoins l'ensemble des 5 enfants, devenus adultes, dans cette pièce pour une révélation donnée par Eleanor concernant la nature de la maison. Elle reprend une métaphore de sa mère, comparant les maison à des corps, la chambre rouge y apparaissant comme le cœur, ou plutôt l'estomac de Hill House...

Conclusion

Enfin, ainsi que nous l'a montré la maison du roman d'Higashino, la maison peut se révéler comme un réceptable de souvenirs et témoignages de qui l'on est. Et l'exploration de ce lieu peut osciller, en permanence, entre les deux pôles hospes et hostis. C'est exactement ce que nous présente, de manière totalement inattendu, tout le travail autour d'un mod, créé de manière amateure, autour d'un célèbre jeu vidéo, Doom:

CRÉÉ PAR
Aurélien Pigeat